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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)241

Battre en retraite

Il est fréquent qu'un projet criminel soit abandonné parce que trop dangereux. Les criminels récidivistes étudiés par Yochelson et Samenow (1976, p. 411) projetaient un nombre considérables de crimes, mais n'en exécutaient qu'une minorité, les autres étant jugés irréalisables et, surtout, trop risqués.

Le délit que médite le malfaiteur est souvent délaissé au terme d'un calcul. On pondère le pour et le contre, le gain escompté, la probabilité de l'appréhension, la peine à laquelle on s'expose, puis on laisse tomber. D'autres fois, l'acteur est envahi par une peur paralysante qui le rend incapable de passer à l'action. C'est le cas de criminels qui ont fait de longs séjours en prison et qui sont terrorisés à l'idée de devoir y retourner. Ils préparent un coup mais, sur place, au moment de passer à l'action, ils sont figés par l'effroi et battent en retraite. Voilà ce que disait un détenu de San Quentin qui parlait de la prison.

« Un gars perd son âme dans un endroit pareil. Lorsqu'il est sur le point de passer à l'action, il ne l'a plus. Oh ! oui, il peut planifier de gros coups mais, au moment de les exécuter, il fige. Je me rappelle deux gars que j'avais connus en dedans, des gars que je croyais très forts. Ils m'ont contacté pour un coup. Ils avaient tout préparé et voulaient que je me procure une voiture et aille avec eux. Bon, on devait être sur place le lundi matin et, le dimanche soir, je vole une voiture et je change les plaques. Le lendemain matin, on s'amène sur les lieux. Tout me semblait parfait, mais l'un d'eux dit : « Mon vieux, il y a quelque chose qui cloche. Je ne sais pas quoi, mais quelque chose ne va pas. » Alors j'ai dit : « D'accord, vieux, si tu préfères attendre, je ne dirai rien. » Tu sais, un gars risque sa tête et je ne voulais pas le pousser à ça. Donc, quand on y retourne la semaine suivante, même histoire. Je prends une voiture, on s'amène et, cette fois, le gars voit quelqu'un se dirigeant vers la porte. Je dis : « Ça va, vieux, je m'occupe de ce type. » Donc, je descends et finalement ils me suivent. Alors ce gars voit quelqu'un venir sur la rue et là, c'est réellement la panique, il retourne dans la voiture. Vieux, j'ai dû faire demi-tour et on est reparti. J'ai dit à ces deux enculés de ne plus jamais venir me voir. J'en suis finalement arrivé à comprendre ce qui n'allait pas avec eux. Ils avaient perdu leurs couilles. Oh ! ils peuvent encore parler de gros coups, mais ils ne peuvent plus les exécuter. Voilà ce que fait la prison à un

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