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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)246

compte de ce fait. Ils s'adaptent au système pénal simplement en évitant de commettre les crimes qui comportent un risque réel de peine. Mais il se trouve une minorité de gens qui, par imprévoyance, par incapacité de faire autre chose et, finalement, par faiblesse, ne trouvent pas le moyen de s'adapter à cette situation. Ils se font alors punir, encore et encore. Ainsi, on ne peut pas prétendre que le système pénal sélectionne arbitrairement une certaine catégorie de personnes ; il faudrait plutôt dire que ceux qui échouent en prison se sont sélectionnés eux-mêmes. C'est ce que Andenaes (1977, p. 1-10) appelle l'effet filtrant de la loi pénale. Cet auteur avait observé qu'en Norvège, où la conduite en état d'ivresse est sanctionnée systématiquement et sévèrement, les individus condamnés pour ce délit ont beaucoup de traits commun avec la clientèle habituelle des prisons, et en particulier une surreprésentation de gens des classes inférieures. Selon lui, cet état de fait est le résultat d'une stricte application de la loi.

« Dans le système de droit pénal qui est mis en oeuvre avec un degré raisonnable d'efficacité - et j'entends par là un système où le risque d'être découvert et la rigueur des sanctions assurent un motif rationnel en vue de freiner les infractions de la loi - la grande majorité se maintiendra du bon côté de la loi. Cela s'applique en particulier à ceux qui sont bien adaptés et plein de ressources. L'individu ayant réussi sur le plan social et qui est bien adapté a beaucoup à perdre dans le cas d'une condamnation. Il a aussi davantage de possibilités de se conduire de façon à ne pas entrer en conflit avec la loi. Et, en règle générale, il a la faculté d'agir rationnellement à long terme. Ceux qui ne sont pas motivés par la menace de la loi seront ceux qui ont le moins de ressources ou qui sont moins bien adaptés » (Andenaes, 1977, p. 9).

En d'autres termes, les citoyens capables de tenir compte du fait que la peine est appliquée évitent de commettre des délits. Il reste alors un résidu de personnes qui ne peuvent pas s'adapter à cette situation et qui aboutissent en prison. La composition de la population carcérale est donc déterminée par l'efficacité différentielle de la menace de la peine.

Cette autosélection des délinquants s'exerce aussi très évidemment dans le système de justice pour mineurs. Quand on pense qu'il faut des dizaines et des dizaines d'arrestations avant qu'un juge prenne la

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