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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)254

La déchéance guette le criminel et tout spécialement le criminel vieillissant. Il n'est pas toujours facile de vivre des fruits du vol surtout quand la police vous a à l'œil. Cela prend de l'énergie, du courage, quelques bons tuyaux. On connaît des périodes creuses pendant lesquelles rien d'intéressant ne se présente. Les revenus irréguliers, l'obligation de se méfier de tout le monde, la peur, les abus d'alcool et de drogue finissent à la longue par miner l'homme le plus résistant. Il glisse alors dans cette « suite d'actions piteuses » dont parlait Genet (1949, p. 117). Il sombre de plus en plus dans une délinquance médiocre et humiliante. Il risque de devenir une épave ne vivant que pour l'alcool et la drogue (Hapgood, 1903, p. 196).

Guy, fut, en son temps, un cambrioleur joyeux, audacieux qui s'habillait avec une élégance tapageuse. Quand Genet le rencontra, il s'accrochait péniblement à une misérable vie de petit voleur sans fierté.

« Non plus à Montmartre ni aux Champs-Elysées, je rencontrai Guy un jour à Saint-Ouen. Il était sale, en guenilles, couvert de crasse. Et seul dans un groupe d'acheteurs plus pauvres et plus sales que les marchands. Il essayait de vendre une paire de draps, sans doute volés dans une chambre d'hôtel (...).

« Il était triste, Java m'accompagnait. Nous nous reconnûmes aussitôt. Je dis :

- C'est toi, Guy ?

« Je ne sais ce qu'il lut sur mon visage, le sien devint terrible.

- Ça va, laisse-moi.

- Écoute...

« Les draps étaient posés sur ses avant-bras, dans l'attitude très noble dont les mannequins présentent les étoffes dans les vitrines. Sa tête faisant le geste de se pencher un peu sur le côté comme pour insister sur les mots, il dit :

- Oublie-moi.

- Mais...

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