X hits on this document

1282 views

0 shares

0 downloads

0 comments

261 / 348

Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)261

Mais pourquoi parler de « phases » et non de carrières criminelles comme le veut l'usage ? Parce que la délinquance n'est que très rarement une activité pratiquée avec constance pendant vingt, trente ou quarante ans, comme c'est le cas des carrières dans le sens courant du terme. Glaser (1964, p. 466) a été le premier chercheur à découvrir que 90% des criminels qui vont en prison ne sont pas incrustés indéfiniment dans le crime. Ils alternent plutôt entre l'utilisation de moyens criminels, puis non criminels pour réaliser leurs fins. Ils zigzaguent entre la délinquance et une vie honnête, se consacrant au crime pendant quelque temps, puis l'abandonnant, puis y retournant. Cette vision des carrières criminelles repose sur quelques faits bien établis. Presque tous les délinquants ont occupé des emplois honnêtes pendant des périodes plus ou moins longues. A leur sortie de prison, la plupart des ex-détenus s'efforcent d'éviter toute activité criminelle pendant un certain temps. En outre, il arrive assez fréquemment qu'un individu s'engage dans un épisode criminel qui dure jusqu'au moment de l'arrestation puis, à sa sortie de prison, il retourne définitivement dans le droit chemin.

Ces observations montrent que le crime n'est pas une solution stable. L'expression « carrière criminelle » ne rend pas justice aux faits. C'est pourquoi il est préférable de parler de phases criminelles, périodes de quelques mois ou de quelques années pendant lesquelles un individu est fortement engagé dans le crime. Certains ne connaissent qu'une phase, d'autres plusieurs, ce qui veut dire que ces derniers oscillent entre un style de vie délinquant et une vie honnête.

Si on admet que le délinquant est sensible à ses gains et à ses coûts et qu'il dispose de suffisamment de liberté et de rationalité pour choisir les solutions les plus avantageuses à ses problèmes, l'analyse des avantages et des inconvénients du crime est indispensable dans une démarche prédictive. Mais cela ne suffit pas. Car le crime peut être considéré comme une solution de rechange à une activité légitime. Il faut donc aussi tenir compte des avantages et des inconvénients des alternatives au crime.

Les avantages du crime

Document info
Document views1282
Page views1282
Page last viewedMon Jan 23 17:18:36 UTC 2017
Pages348
Paragraphs2523
Words106345

Comments