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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)262

Il suffit d'admettre que le crime est un moyen en vue d'une fin pour supposer que le premier facteur considéré par celui qui envisage de commettre un crime est le bénéfice qu'il est susceptible d'en tirer. Trois indices permettent d'affirmer que cette proposition, fondée en théorie, l'est aussi sur le plan empirique. Premièrement, Tittle (1977) constate que la force du désir de commettre un délit est fortement associée à la probabilité d'une délinquance future. Deuxièmement, chez les criminels professionnels étudiés par Letkemann (1973, p. 151), l'estimation de l'importance du butin précède habituellement l'estimation du risque. La troisième indication nous vient d'une expérience réalisée par Carroll (1978). Elle mérite qu'on s'y attarde quelque peu. Carroll présente à quatre groupes d'individus – incluant des délinquants et des non-délinquants - 72 situations hypothétiques de vol dans lesquelles on faisait varier systématiquement quatre dimensions : 1. le butin (on dit au sujet qu'il peut gagner 100 $, 1000 $ ou 10 000 $) ; 2. la sévérité de la peine (probation, 6 mois de prison ou 2 ans de prison) ; 3. la probabilité de succès (0,1, 0,3 ou 0,8) ; 4. la probabilité de l'arrestation (0,05, 0,15 ou 0,4). Grâce à cette procédure, Carroll découvre que la quantité d'argent qu'on espère gagner par le vol est la dimension qui contribue le plus à la décision des sujets. Viennent ensuite, par ordre décroissant, la sévérité de la peine, la probabilité de succès et la probabilité d'être arrêté. L'importance du butin pèse d'un poids considérable dans la décision ; cette variable exerce, en effet, deux fois plus d'influence sur la décision que la sévérité de la peine 65.

65 Parmi les autres résultats obtenus par Caroll et qui sont dignes de mention, il faut souligner ceux-ci :

1/ La sévérité de la peine est un facteur trois fois plus important que la probabilité de l'arrestation.

2/ Les probabilités d'échec ou de succès sont nettement moins importantes que l'importance des gains et que la sévérité des peines.

3/ La plupart des individus ne tiennent compte que d'une dimension du problème, celle-ci variant d'un sujet à l'autre. 50% des individus concentrent leur attention sur l'argent à l'exclusion des autres dimensions, 24% tiennent compte essentiellement de la sévérité de la peine, 17,7% de la probabilité de succès et 7,6% de la probabilité d'être pris.

4/ On ne trouve que très peu de différence entre les délinquants et les non-délinquants sur les facteurs qui contribuent à la décision. Dans les deux groupes, le processus de prise de décision semble fondamentalement le même.

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