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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)277

des citoyens aient de fortes motivations à défendre activement un tel projet. On sait que les individus, sauf en périodes exceptionnelles et sauf une minorité, n'aiment pas passer beaucoup de temps à la défense de biens collectifs. Les serviteurs désintéressés du bien commun ne courent pas les rues et même ceux qui le servent par intérêt peuvent être frivoles. La volonté de défendre l'ordre social peut-elle rendre compte de l'émergence du contrôle social ? J'en doute.

La sympathie

On peut alléguer que les hommes se retiennent de tuer ou de dévaliser leurs semblables, et condamnent ceux qui agissent ainsi, parce qu'ils ne veulent pas voir souffrir des personnes pour lesquelles ils éprouvent de la sympathie. Cette explication est indiscutable quand il s'agit de nos proches. On épargne généralement ses amis, ses parents et ceux qu'on aime. On souffre de voir souffrir des êtres chers. Est-ce que l'explication vaut pour la masse des inconnus que nous côtoyons tous les jours, dans la rue, dans les lieux publics, au travail ? C'est possible. En effet, l'homme est un animal social d'emblée sensible à autrui et même à la personne qu'il rencontre pour la première fois. Ce que Garofalo (1890, p. 20) appelait ses sentiments de pitié et d'humanité le pousseront à réprimer les actes qui risqueraient de faire souffrir ses semblables.

Cependant, la sympathie a ses limites. Au-delà du cercle des personnes que nous fréquentons régulièrement, elle n'est qu'une bien fragile barrière à la force de nos désirs. Peut-on croire vraiment qu'elle nous fera résister à la tentation de tuer ceux que nous détestons et à celle de s'approprier les biens de ceux qui nous indiffèrent ? Cela est fort douteux, surtout dans le cas des vols pendant lesquels le voleur n'entre même pas en contact avec sa victime. Et de tels vols sont très fréquents : cambriolage, vol d'auto, vol à l'étalage, etc. La sympathie ne peut être le fondement exclusif du respect de la loi dans les sociétés modernes anonymes, car on y est entouré d'un grand nombre d'inconnus qui ne peuvent nous inspirer autre chose que de l'indifférence.

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