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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)278

La justice

Le bien commun et la sympathie nous aident donc à comprendre l'origine des prohibitions du vol et de l'agression, mais nous laissent avec un résidu non négligeable. C'est particulièrement vrai dans nos sociétés de masse. Elles comptent trop de membres pour que l'on puisse tabler sur l'identification au groupe ou à autrui pour assurer la soumission aux lois. Reste la justice : les hommes réprouvent le crime parce que celui-ci est un acte injuste pour la victime et, à long terme, peu rationnel pour son auteur.

Le problème de la justice se pose à chaque fois qu'au sein d'un groupe on veut reconnaître, échanger ou distribuer des droits et des obligations, des avantages et des coûts, des récompenses et des peines, des bienfaits et des préjudices. Les principes de justice sont issus de la recherche de la modalité d'attribution de ces biens et de ces charges qui soit la plus adéquate possible. À ce titre, le crime pose des problèmes de justice : le vol est un transfert de biens et l'agression cause un préjudice. Les hommes sentiront alors le besoin de trouver des principes de justice susceptibles de résoudre ces problèmes. Ils devront le faire en tenant compte de trois données irréductibles : l'individu, l'autonomie, l'indifférence.

L'individu. - Les sociétés - surtout les sociétés contemporaines - ne sont pas des termitières dont les membres seraient parfaitement intégrés au tout. Elles ne sont pas non plus des communautés de personnes qui adhèrent aux mêmes valeurs ou qui poursuivent les mêmes buts. Elles sont plutôt des ensembles formés d'individus distincts, chacun étant convaincu de sa valeur propre, chacun étant prêt à défendre avec plus ou moins d'acharnement ses intérêts particuliers et à maximiser ses avantages. Ces individus refuseront que l'on confonde le bien commun avec leurs intérêts propres et ils n'accepteront pas d'être sacrifiés à « l'intérêt supérieur » de la collectivité.

L'autonomie. - Les hommes disposent d'une certaine marge de manoeuvre. Ils ne sont ni programmés à l'avance, ni totalement

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