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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)285

causes de l'activité délictueuse. Mais il y a plus, car ce qui apparaît, pour qui tient compte du point de vue de la victime, comme de mauvaises excuses, est souvent présenté sans la moindre trace d'ironie ni de mauvaise foi. Ceci laisse croire qu'au-delà des justifications faciles, on trouve chez les récidivistes une sensibilité particulière à l'injustice. C'est ce que croyait De Greeff pour qui la violence des besoins de justice de ces hommes participe d'une attitude profonde qu'il appela le sentiment d'injustice subie. « Tous ces êtres expliquent leur vie et leurs attitudes par les injustices et les malchances dont ils ont été l'objet, comment leur sens profond de la justice les a toujours empêchés de se soumettre à l'iniquité » (De Greeff, 1950, p. 280).

Le sentiment d'injustice subie, toujours selon De Greeff, pousse les criminels à se défendre farouchement contre toute frustration considérée comme imméritée. Refusant de se mettre en cause ou de considérer le point de vue de l'autre, ils sont convaincus de se trouver soit du côté des justes soit du côté des victimes, jamais du côté de l'offenseur. Figés dans une attitude vindicative, ils semblent incapables d'évoluer vers une forme de réaction de justice plus rationnelle ou plus nuancée. Le refus de pactiser avec l'injustice du monde fournit au criminel une justification globale de son activité délictueuse, analogue à l'annulation du contrat social : si la justice n'existe pas, pourquoi vouloir être juste ? Qui plus est, si le monde a été constamment injuste avec moi, pourquoi vouloir que je sois juste avec le monde ? S'arrogeant ainsi le droit de se venger de toutes les iniquités qu'on lui a fait subir, il légitime du coup la totalité de ses crimes passés et à venir.

Des recherches récentes ont apporté quelques confirmations aux analyses de De Greeff. C'est ainsi que les adolescents qui reconnaissent avoir commis de nombreux délits ont tendance à affirmer que leurs parents sont partiaux et font des règlements injustes (Nye, 1958 ; Caplan, 1978). A l'école, les jeunes délinquants ont l'impression d'être traités plus sévèrement que le reste de la classe et, de ce fait, d'avoir subi une injustice (Malewska et Peyre, 1973, p. 121). Sur le plan de la recherche clinique, Yochelson et Samenow (1976) ont mis en relief la tendance des criminels d'habitude à se percevoir comme de perpétuelles victimes de l'injustice d'autrui.

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