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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)286

Les criminels sont-ils justes ?

Les criminels d'habitude se croient en butte à l'injustice d'un monde qui leur est hostile, tout en refusant d'admettre leur propres injustices. Il est clair qu'au moins pour leurs victimes ces hommes ne se conduisent pas avec justice. Mais, indépendamment de ce point précis, est-il possible de faire une appréciation en termes de justice de leur conduite générale ? En d'autres termes, jusqu'à quel point possèdent-ils ce que les anciens appelaient la vertu de justice, laquelle est une volonté d'accorder à chacun son dû ? Pour répondre à cette question, il ne faut pas pointer du doigt les crimes qu'ils commettent, on aboutirait alors à une tautologie ; il faut plutôt voir s'ils se conduisent avec justice dans d'autres secteurs de leur vie.

Dans les transactions d'un individu avec autrui, la vertu de justice consiste à rendre l'équivalent de ce qu'on a reçu. Il s'avère qu'à cela les malfaiteurs sont peu doués. Ils ont énormément de peine à réaliser une réciprocité véritable dans leurs échanges avec autrui. Yochelson et Samenow (1976, p. 304) croient même que le criminel n'a pas d'idée de ce qu'est la réciprocité. Selon eux, cette lacune se manifeste d'abord dans sa famille où, enfant, il exige qu'on satisfasse tous ses désirs sans donner en retour.

C'est dans les relations avec leur femme ou leur maîtresse que ressort de la façon la plus flagrante cette tendance des hors-la-loi à donner moins qu'ils ne reçoivent. Il est fréquent de voir ces hommes vivre aux crochets d'une femme. Celle-ci paye pour le gîte et le couvert et doit, seule, assumer la responsabilité des enfants. Quand leur compagne n'a pas les moyens de les faire vivre, il n'est pas rare qu'ils la poussent à se prostituer. Ce n'est pas un hasard si bon nombre de malfaiteurs, outre le vol, pratiquent le proxénétisme. La partenaire d'un criminel est, plus souvent qu'autrement, une femme exploitée qui profitera de son prochain séjour en prison pour se libérer de ses chaînes (voir Manocchio et Dunn, 1970 ; Willwerth, 1974, p. 64 ; Carr, 1975. Jodoin, 1976).

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