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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)287

Le délinquant récidiviste ne réussit pas à apporter à ces proches une contribution équivalente à celle qu'il en reçoit à cause d'une avidité qui le pousse à réclamer toujours plus. Ce trait a été détecté par un clinicien, Mucchielli (1974), qui parle à ce propos du moi exorbitant et revendicateur du « vrai délinquant ». Il ressort aussi de la manière dont il utilise son argent. West et Farrington, (1977, p. 62) ont observé que les délinquants se distinguent des non-délinquants par le fait qu'ils dépensent plus qu'ils ne gagnent, qu'ils n'ont pas d'économie et qu'ils sont criblés de dettes. Animés par un puissant désir de jouir de la vie, les délinquants classiques se trouvent sans ressource quand il s'agit, d'abord de payer leurs dettes et, ensuite, plus généralement, d'établir un équilibre dans l'ensemble des échanges avec ceux qu'ils fréquentent.

Selon les philosophes, l'homme juste se soucie avant tout de « ne détenir pas plus que se part ni moins que sa part » (Villey, 1978, p. 64). Le style de vie qu'adopte le criminel le conduit à être l'éternel débiteur de ceux avec qui il transige. En ce sens, il ne possède pas la vertu de justice.

La justice et le présentisme des délinquants

Les raisons de respecter la loi qui sont issues de l'idéal de justice supposent toujours un pari sur l'avenir. Ainsi les hommes respectent leurs engagements, paient leurs dettes, rendent le bien pour le bien, évitent de s'enrichir au détriment d'autrui parce que, à terme, il est profitable de préserver les bonnes dispositions de ceux qui les entourent. De ce point de vue, l'homme se soumet aux lois parce qu'à la rationalité à court terme de l'appropriation et de la liberté sans borne s'est substituée la rationalité à long terme de la justice. Or, la plupart des délinquants persistants ne possèdent tout simplement pas les aptitudes nécessaires pour agir en fonction d'objectifs lointains. Ils sont affectés d'une lacune que j'aie appelée ailleurs le présentisme (Cusson, 1981). Par ce terme, j'entends l'absence de persévérance dans la poursuite de projets à long terme. La plupart des criminels ne peuvent s'inscrire dans la durée ; obnubilés par le moment présent, ils ne réussissent pas à organiser de façon réaliste leur activité en fonction de l'avenir. À cause de ce handicap, ils seront conduits à se

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