X hits on this document

975 views

0 shares

0 downloads

0 comments

291 / 348

Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)291

Deuxième implication : si les normes sont essentiellement relatives au groupe qui en est le porteur, elles n'ont aucune valeur universelle. Les diverses conceptions du bien et du mal se valent parce qu'elles sont subjectives. Il n'existe aucun critère commun qui permettrait d'en apprécier la valeur et de trancher en faveur de l'une ou de l'autre. Un système moral n'est valable que parce qu'il correspond aux préférences des membres d'un groupe particulier. Deux groupes peuvent donc défendre des principes moraux totalement contradictoires sans qu'il soit possible de dire si l'un a raison et l'autre tort.

Si nous poussons la doctrine relativiste à ses conséquences logiques, nous sommes entraînés vers des implications fort troublantes. 'Il est toujours possible d'accepter en théorie que les principes moraux universels n'existent pas et qu'il est impossible de faire de distinction valable entre le bien et le mal. Mais il est plus difficile d'accepter ce qu'une telle position entraîne concrètement. Ceci voudrait dire que, devant le meurtre, la torture, l'esclavage, le cannibalisme ou la clitoridermie, il ne saurait y avoir de jugement autre que relatif. On pourrait simplement dire que ces pratiques sont le fait de gens qui ont une autre morale que la nôtre, voilà tout. Et, comme toutes les morales se valent, il faudrait se résigner à accepter que ces coutumes qui nous paraissent répugnantes ne sont ni meilleures ni pires que les autres. Il serait aussi impossible de porter un jugement autre que subjectif sur la question de savoir si un groupe de jeunes gens qui réalisent une dangereuse opération de sauvetage en montagne agissent mieux que le gang de voyous qui pratiquent le viol collectif. Ainsi, nous sommes forcés de nous rallier à la conclusion de Strauss (1953, p. 18), de Kluckhohn (1955, p. 663) et de Ginsberg (1956, p. 30) : le relativisme culturel culmine dans le nihilisme moral.

Transposé sur le plan politique, le relativisme nous accule à une impasse semblable. S'il est impossible de s'entendre sur des critères valides du bien et du mal, du juste et de l'injuste, à partir de quelle base solide pourrions-nous critiquer les actions de nos gouvernements ? Comment pourrions-nous distinguer entre les bons et les mauvais régimes ? Que dirions-nous du nazisme, du stalinisme, des camps de la mort, de l'archipel du Goulag, des génocides et de toutes les atrocités commises au nom de la majorité ? Que cela

Document info
Document views975
Page views975
Page last viewedSun Dec 11 10:03:39 UTC 2016
Pages348
Paragraphs2523
Words106345

Comments