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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)292

nous heurte ? Mais, fidèles à la logique relativiste, les tyrans et les majorités tyranniques auront beau jeu de se justifier : Au nom de quel principe nous jugez-vous ? Vous avez vos valeurs, nous avons les nôtres ; les unes et les autres se valent ! Ainsi, comme le souligne Ginsberg (1959, p. 30), le relativisme fournit des munitions aux violents et mine la position morale des défenseurs de la justice et de la liberté.

Le relativisme culturel n'est pas seulement impraticable, c'est aussi une position qui nie un fait moral très important, à savoir que l'évidence du mal et de l'injustice s'impose quelquefois à tous les esprits. Des personnes désintéressées, venant de milieux et de sociétés très diverses, peuvent s'entendre sans réserve sur l'injustice de certains agissements. On peut donc conclure que le relativisme culturel radical est intenable, d'abord parce qu'il conduit à cautionner n'importe qu'elle atrocité et, ensuite, parce qu'il ne correspond pas aux faits : il arrive que les hommes s'entendent sur le mal et sur l'injuste.

La diversité des morales

Il reste, malgré tout, une part de vérité dans le relativisme, c'est la diversité des règles morales. Depuis l'époque des grandes explorations, les voyageurs et ensuite les anthropologues n'ont pas cessé de parler des étranges coutumes des peuplades lointaines. Les historiens ont, eux aussi, contribué à montrer que les lois et les moeurs varient presque à l'infini. Un exemple suffira à prendre la mesure de l'ampleur des variations possibles.

« Des dix crimes que les lois hébraïques, d'après Thonisson, punissaient de la lapidation (à savoir l'idolâtrie, l'excitation à l'idolâtrie, la consécration à Moloch, la magie, l'évocation des esprits, la désobéissance obstinée aux parents, la profanation du sabbat, le blasphème, le viol de la fiancée d'autrui, l'inconduite de la jeune fille attestée par l'absence des signes de la virginité au moment de son mariage), il y en a neuf qui ont cessé d'être des délits même dans nos sociétés européennes, et le dixième, à savoir le viol de la fiancée d'autrui, est resté crime, mais dans un tout autre sens ; car c'est la violence faite à une femme comme telle qui est maintenant punie, et non l'outrage fait à celui dont la fiancée est violée » (Tarde, 1886, p. 27).

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