X hits on this document

816 views

0 shares

0 downloads

0 comments

293 / 348

Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)293

Ainsi, les lois et les normes sont changeantes. Tout le problème est de savoir quelle interprétation donner à cette diversité. Faut-il en conclure que les règles ne valent que par la subjectivité de ceux qui les adoptent ? C'est loin d'être évident. Car, pour accepter cette conclusion, il faudrait démontrer que les morales varient de façon arbitraire. Une telle démonstration serait fort difficile. Les monographies historiques et ethnographiques fourmillent d'observations qui nous incitent au contraire à croire que les règles morales et juridiques sont souvent des réponses valables à des problèmes qui se posent à une société donné à un moment donnée de son histoire. Un seul exemple devrait suffire à illustrer mon propos. Le principe du respect de la vie humaine semble universellement accepté et, pourtant, les Esquimaux considèrent qu'il est acceptable de tuer les enfants naissants et les vieillards. Cela se produit dans les circonstances suivantes : quand les parents d'un nouveau-né prévoient qu'ils seront incapables de le nourrir, ils le tuent, habituellement en le laissant mourir de froid. Quand les vieillards deviennent impotents et incapables de suivre le groupe dans ses déplacements, il arrive qu'ils soient tués et, souvent, ils demandent eux-mêmes à leurs proches d'être tués. Hoebel (1954, p. 69-77), qui rapporte ces coutumes brutales, les explique par les conditions particulières de la vie dans le Grand Nord. La vie y est extrêmement précaire ; la simple survie tient souvent de l'exploit. On comprend alors qu'il soit impossible, quand les conditions deviennent particulièrement dures, d'assumer les membres non productifs du groupe.

Le sens d'une action dépend du contexte dans lequel elle est posée. On peut donc très bien admettre qu'une règle puisse être juste parce qu'elle résout de façon équitable un problème particulier tel qu'il se pose dans une situation donnée. Les normes et les lois peuvent donc varier, non parce qu'elles découlent de l'arbitraire de ceux qui les édictent, mais parce qu'elles sont adaptées aux circonstances et au milieu d'où elles émergent. Les principes ne sont donc pas nécessairement en cause : il se pourrait bien que des principes universels aient inspiré des lois qui diffèrent parce qu'elles répondent à des besoins particuliers.

Document info
Document views816
Page views816
Page last viewedTue Dec 06 20:16:26 UTC 2016
Pages348
Paragraphs2523
Words106345

Comments