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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)294

Du fait indiscutable que les règles morales et juridiques varient énormément, il ne suit pas nécessairement qu'elles varient toutes. Il est possible de trouver, dans le foisonnement de morales divergentes, un petit nombre de règles universelles. Après tout, les anthropologues s'entendent sur le fait que l'inceste est universellement prohibé (la définition de l'inceste variant cependant d'une culture à l'autre). S'agit-il de la seule prohibition universelle ? Cela nous conduit à la question centrale de ce chapitre : est-ce que les délits dont il est question dans ce livre - le vol et l'agression - font l'objet d'une prohibition universelle ? Il y a presque un siècle, Gabriel Tarde avait répondu : « Certains actes spécifiés ont été de tout temps considérés comme criminels, notamment le fait de tuer et de voler une personne du groupe social dont on fait partie » (p. 29). C'était en 1886. Depuis, les anthropologues ont accumulé beaucoup d'informations qui n'étaient pas connues à cette époque. Est-ce que les connaissances supplémentaires nous obligent à réviser la réponse de Tarde ?

Le meurtre

Selon Linton (1952, p. 657-660), la violence physique, notamment le fait d'estropier autrui sans justification valable, est universellement condamnée. Cependant, il existe de grandes variations, d'abord dans les justifications de la violence et, ensuite, dans le seuil de gravité à partir duquel un acte peut être considéré comme violent. On trouve beaucoup de société où la violence physique est tolérée quand elle se pratique dans certains sports ou quand elle est une réponse à une insulte. De plus, il est difficile de déterminer à quel niveau de gravité la violence devient réellement réprouvée. En particulier chez les enfants, on tolère bien des formes mineures de violence physique : les bousculades, les échanges de coup de poing et les bagarres. Il est dont bien difficile de prétendre que la violence soit universellement prohibée.

Nous sommes cependant sur un terrain plus sûr quand nous ne retenons qu'une forme extrême de violence : le meurtre. Les quelques anthropologues modernes qui se sont penchés sur la question s'entendent pour affirmer que l'acte de tuer volontairement un membre de son groupe est prohibé dans toutes les sociétés connues (Linton,

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