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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)296

La propriété existe dans toutes les sociétés humaines connues (Hallowell, 1943, p. 132 ; Murdock, 1945, p. 124 ; Linton, 1952, p. 655 ; Hoebel, 1954, p. 286-287). Il semble qu'à peu près partout les produits de la chasse et de la cueillette, les récoltes, les vêtements, les outils et les ustensiles soient protégés par des droits de propriété reconnus, soit à des individus, soit à la plus petite unité familiale (Linton, 1962, p. 655). Par contre, les droits de propriétés sur la terre sont souvent collectifs et, quand ils sont individuels, il sont limités (Hoebel, 1954, p. 287 ; Gluckman, 1965, p. 41)

Dès lors que la propriété est universelle, il découle que le vol est universellement prohibé : pas de droit de propriété sans obligation correspondante de la respecter.

Cependant, si le vol est interdit, la forme particulière de la prohibition variera beaucoup. Elle dépendra naturellement des biens qui sont protégés par les droits de propriété. Elle dépendra aussi des règles qui permettent certaines formes d'appropriation. Les exceptions les plus répandues sont le vol de subsistance, le pillage en temps de guerre, le vol à l'encontre d'étrangers et l'appropriation à l'intérieur même du groupe familial (Gluckman, 1965, p. 43, et Ossowska, 1970, pp. 132-133).

Il n'est pas rare que les normes relatives au vol visent à protéger les membres du groupe et non les étrangers. C'est, selon BrilIon (1980), le cas de la plupart des sociétés africaines traditionnelles. « Il était bien plus grave de voler des membres de son clan ou de son village que ceux qui étaient plus éloignés dans la structure parentale. Quant aux atteintes aux biens d'autres tribus, elles n'étaient pas un mal en soi, mais donnaient lieu à des représailles » (p. 105). Une telle attitude se retrouve aussi à propos du meurtre : on tolère plus facilement l'assassinat d'un étranger que celui d'un proche. C'est ce qui faisait dire à Linton (1962, pp. 649-650) que les systèmes éthiques fonctionnent en termes de in group. Les principes moraux servent principalement à régir les rapports entre les membres d'un groupe ; et plus la personne lésée est proche, plus la réprobation est forte.

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