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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)30

étaient à peine nés qu'ils s'écartaient de l'idéal qui leur était assigné et se muaient en mesures bureaucratiques, superficielles et arbitraires. Dès qu'il entrait en contact avec la pratique, l'or des idées nouvelles se transformait en plomb. Difficultés sur le plan des résultats ensuite. Dès que les chercheurs entreprennent d'évaluer rigoureusement le niveau de récidive des clients de programmes qui se veulent thérapeutiques, ils découvrent, avec désarroi, soit que les taux d'échec sont très élevés, soit que les nouvelles mesures ne semblent avoir aucun impact (Healy et Bronner, 1926 ; Glueck S. et E., 1934 ; Power et Withmer, 1951).

Pendant de longues années, ces faits furent ignorés. On se refusait à remettre en question les principes à la lumière des pratiques qu'ils suscitaient ou des résultats qu'ils produisaient. On espérait toujours. Mais depuis dix ans les attitudes se sont considérablement modifiées. Aujourd'hui, la plupart des chercheurs croient qu'il n'existe pas, dans l'état actuel des connaissances, de traitement efficace pour la délinquance.

Cette conclusion risque d'être lourde de conséquences. Elle pourrait vouloir dire que la méthode de contrôle social du crime sur laquelle misaient la plupart des spécialistes des sciences humaines n'a pas répondu à leurs attentes. Mais, d'abord, sommes-nous autorisés à affirmer qu'on ne réussit pas à traiter les délinquants ? Si oui, quelles sont les causes de cet échec ? Les cinq premiers chapitres du présent ouvrage seront consacrés à ces questions.

Le traitement des délinquants : propositions de base

Il importe, avant tout, de se remémorer les principes et les grandes orientations théoriques des partisans de la réhabilitation. Au risque d'être schématique, on peut avancer qu'au-delà des divergences d'école ceux-ci s'entendaient sur cinq points fondamentaux.

1. Le concept d'individualisation est au coeur même de la doctrine thérapeutique. Le crime est l'expression de la personnalité de son auteur. Il faut donc traiter l'individu, non l'acte, et adapter le traitement aux caractéristiques personnelles du délinquant plutôt que la peine au délit (Chazal, 1953, p. 60). Aussi, avant d'intervenir,

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