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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)300

La règle de réciprocité substitue l'échange à l'appropriation pure du bien d'autrui et oblige à réparer quand un dommage a été causé à autrui.

C'est dans l'échange que s'incarne le mieux de la règle de réciprocité. C'est elle qui oblige à rendre l'équivalent de ce qu'on a reçu. Plus précisément, selon le principe de réciprocité, il faut, lors d'un échange, premièrement donner un bien en contrepartie de celui qu'on a reçu et, deuxièmement, faire en sorte que la valeur de ce qui est rendu tende à être égale à celle de la prestation initiale.

Les échanges régis par la règle de la réciprocité sont à ce point universels et ils sont à ce point importants que plusieurs sociologues en ont fait le fondement même de toute vie sociale. Depuis le célèbre Essai sur le don dans lequel Marcel Mauss, en 1925, montrait que le cycle donner - recevoir - rendre constituait un ciment puissant de la vie sociale dans les société archaïques, on a construit des sociologies complètes centrées sur la notion de l'échange (Homans, 1961 ; Blau, 1964).

Le fondement rationnel du respect de la propriété d'autrui

L'échange qui consiste à rendre l'équivalent de ce qu'on a reçu est l'antithèse même du vol par lequel on a recours à la force ou à divers subterfuges pour obtenir ce qu'on désire, sans avoir à offrir à l'autre une contrepartie acceptable. Mais pourquoi l'échange est-il universellement préféré au vol ? A court terme, il est bien plus avantageux de s'approprier purement et simplement le bien d'autrui. Car, alors, le gain est net : on fait une acquisition sans avoir à payer. A long terme, par contre, il est bien possible qu'il en soit tout autrement. Si on réussit à démontrer que l'échange est, à long terme, une transaction plus profitable que l'appropriation pure, on aura fait, par la même occasion, la démonstration qu'il existe un fondement rationnel au respect de la loi, et ceci, indépendamment de la crainte du châtiment ou de quelque conviction morale que ce soit.

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