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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)305

type « frustration-agression ». Comme le soulignait De Greeff (1947), une offense déclenche, en un éclair, une réaction vers le danger. La victime d'un crime voudra tout naturellement rendre le mal pour le mal. Or, elle se sentira justifiée de le faire en évoquant un principe de justice qui obéit à la logique de la réciprocité et qui stipule : « Un dommage peut ou doit être rendu par un dommage et en proportion du premier » (Eckhoff, 1974, p. 30).

La vengeance a donc un double fondement : une pulsion agressive qui la déclenche et un principe de réciprocité qui la justifie. Ceci permet de comprendre les diverses manifestations de la réaction vindicative. Quand l'agression l'emporte, la vengeance sera souvent démesurée : emportée par la colère, la victime justicière pourra aller jusqu'à anéantir l'offenseur. Mais, quand la réciprocité s'impose, on tendra à respecter la règle de la proportionnalité et on se contentera de rendre l'équivalent de ce qu'on a reçu : oeil pour oeil, dent pour dent.

La vengeance est tellement répandue qu'on peut la considérer comme une réaction normale. C'est ce que pensait De Greeff (1950) tout en le regrettant : « Le schéma de représailles fait partie des structures affectives normales » (p. 283). Les psychologues ont constaté que les enfants trouvent la vengeance parfaitement justifiée. Étudiant le développement de la notion de justice chez l'enfant, Piaget (1932) a constaté qu'il existe « une tendance de plus en plus forte avec l'âge de considérer comme légitime de rendre les coups reçus » (p. 241). « Un tel s'arroge le droit de me donner un coup de poing, donc il m'octroie ce droit » (p. 258). Plus récemment, Bull (1969) faisait des constatations du même ordre dans un échantillon de 360 enfants et adolescents : à 17 ans, 63% des sujets sont fixés dans une attitude de réciprocité négative consistant à rendre le mal pour le mal (p. 44).

Il ne s'agit pas ici de porter un jugement de valeur, mais de constater un fait : la vengeance s'explique, elle est très répandue, et bien des gens la trouvent parfaitement justifiée. Or, le voleur devra tenir compte de ce phénomène. Avant de craindre le gendarme, il apprendra à se méfier des réactions vengeresses de ses victimes. Sachant que celles-ci seront poussées à rendre les coups, il hésitera à passer à l'acte et, s'il surmonte ses craintes, il agira en son absence ou il Préférera surprendre des inconnus pour fuir sitôt son coup fait ou,

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