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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)312

les termes fondamentaux de leur association 76. Plus modestement, je me demanderai si des hommes rationnels ont intérêt à accepter des règles qui interdisent à tout le monde, eux compris, le vol et l'agression. Pour répondre à cette question, il suffit, pour un moment, d'envisager l'hypothèse d'une société dans laquelle ces interdictions seraient supprimées. Cette situation correspond à ce qu'il est convenu d'appeler l'état de nature, dont Hobbes (1651, p. 124) disait qu'elle est l'état de guerre de chacun contre chacun. Partant de là, on tente de faire un bilan des avantages et des inconvénients que comporte, pour un individu donné, cette situation où l'agression et l'appropriation ont cessé d'être considérées comme des crimes.

Dans la colonne des avantages, on fera le décompte de tous les bénéfices obtenus par cet individu grâce aux actes que nous appelons crimes, mais qui n'en sont pas dans l'état de nature. Ceci inclurait : la valeur totale des biens acquis aux dépens d'autrui et les plaisirs- ressentis lors de l'exécution de ces actes. Il faudrait aussi ajouter les avantages obtenus en frappant, blessant ou tuant toutes les personnes susceptibles de lui nuire : concurrents, ennemis, gêneurs, etc. On pourrait, enfin, ajouter ce qu'il peut gagner en subjuguant, par la force, d'autres individus.

Dans la colonne des inconvénients, donc de tout ce qu'il faudra soustraire des bénéfices obtenus grâce au crime, trois items peuvent être retenus. 1/ Les dommages encourus à chaque fois que notre individu a été victime d'un vol ou d'une agression : biens volés ou

76 Les philosophes contractualistes ont eu le grand mérite de mettre en relief la rationalité des lois pour l'individu. il est donc tentant de fonder sa réflexion sur l'hypothèse du contrat social. Cependant, cette notion contribue tout autant à embrouiller le problème qu'à l'éclaircir. Ceci pour trois raisons. 1/ Le contrat social est clairement un mythe. Comme le soulignent VILLEY (1979, p. 92) et PEYREFITTE (1981, p. 295), il n'y eut jamais de consentement libre entre les citoyens. 2/ Cette fiction laisse entendre que les lois résultent d'un projet conscient, alors que tout porte à croire que celles dont il est ici question se sont développées sous forme de coutumes qui avaient pour fonction latente de régulariser l'interaction humaine. 3/ Elle nous conduit à concevoir la société comme une organisation hiérarchisée et construite de toutes pièces par des individus qui en auraient conçu le projet (HAYEK, 1973, pp. 12 et 38). Cette représentation nous a fait oublier que la société est aussi faite d'un tissu de relations réciproques.

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