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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)314

en jeu est vital. Ainsi se développerait l'habitude de respecter la zone de liberté de chacun, habitude motivée d'abord par la crainte des contre-attaques, ensuite par la peur que l'autre ne me rende la pareille en empiétant sur mon domaine comme j'ai empiété sur le sien. L'habitude de respecter la personne et les biens d'autrui pourra alors s'institutionnaliser, d'abord en règles morales et, ensuite, dans la loi. Dans un milieu où on évite d'interférer dans la zone de liberté d'autrui, il est relativement facile de renoncer à la licence d'agresser et de voler autrui. On accepte de ne pas recourir à la violence parce qu'on est réciproquement protégé contre la violence des autres. La solution qui émerge de ce processus s'inspire de la justice : des règles générales réprimant les actes attentatoires à la liberté s'appliquent universellement àtous. Ainsi, l'égalité est assurée : À chacun la même obligation de respecter la personne et les biens d'autrui ; à chacun la même protection contre les atteintes à sa personne et à ses biens.

Conclusion

Si l'analyse qui précède est tant soit peu fondée, on peut conclure que c'est une erreur de concevoir toutes les lois comme des commandements venus d'en haut qui limitent la liberté des gens. C'est sûrement vrai pour certaines lois, ce ne l'est pas de celles qui visent le volet la violence. Ces dernières émergent de l'interaction humaine et garantissent aux personnes une zone de liberté à l'abri de laquelle elles peuvent poursuivre les fins qu'elles choisissent avec les moyens de leur choix. À ce titre, la loi est nécessaire à la liberté.

L'interdiction générale de tuer, de voler et d'agresser représente une solution acceptable pour des individus rationnels attachés à leurs intérêts. Et, on peut aussi la dire juste : elle est profitable pour l'individu tout en étant compatible avec les intérêts d'autrui.

On comprend dès lors l'universalité des prohibitions du meurtre et du vol. Elles contribuent à rendre les sociétés humaines viables en réduisant les occasions de conflit et en favorisant la confiance. Qui plus est, elles le font sans sacrifier l'individu au bien commun. De cette manière, l'opposition entre l'intérêt de l'individu et celui de la société, sans être totalement supprimée, est grandement atténuée.

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