X hits on this document

1199 views

0 shares

0 downloads

0 comments

316 / 348

Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)316

Nous serions donc devant un système dont la stabilité est assurée par l'action de trois mécanismes qui se supportent mutuellement pour concourir à la même fin.

La justice fonde la morale et la loi

Voyons d'abord comment la justice supporte la morale et la force. La validité des normes qui régissent les relations sociales ne peut être trouvée ni dans la morale ni dans la loi. En effet, la règle morale repose sur la coutume et la norme légale, sur le pouvoir qui l'édicte. Or, ni l'une ni l'autre ne peuvent conférer à la règle de valeur intrinsèque : on sait qu'il existe des coutumes aberrantes et des lois iniques. Voilà qui rend la justice nécessaire. Elle seule peut véritablement fonder la règle et lui donner son sens. Une solution peut être qualifiée de juste si elle permet de résoudre un conflit par une règle d'application générale qui tienne compte des intérêts des uns sans léser ceux des autres. Dans le cas qui nous occupe, il s'agit de favoriser le meilleur équilibre dans les transactions et de garantir aux individus une liberté compatible avec celle de leurs compatriotes. L'exclusion du vol et de la violence est un élément essentiel de la solution élaborée pour atteindre ces deux fins. Elle favorise l'amitié sociale et la liberté au prix d'une limitation raisonnable de la marge de manoeuvre de chacun. En dernière analyse, les règles morales et juridiques concernant l'appropriation et l'agression sont légitimes parce qu'elles sont conformes à la justice. Si elles ne reposaient que sur l'arbitraire de la coutume ou sur le bon vouloir du législateur, elles seraient tôt ou tard remises en question. Elles ne le sont pas vraiment parce qu'il est difficile d'imaginer d'autres solutions plus justes ou, si on préfère, moins injustes.

Or, c'est précisément parce que ces règles sont perçues comme justes qu'il est très souvent possible de faire l'économie des sanctions morales ou pénales. Les gens les respectent, non par crainte de sanctions externes, mais parce qu'elles les placent dans une situation telle qu'ils peuvent s'y conformer sans mettre en cause leurs intérêts essentiels. Ce ne sont pas d'abord des peines qui nous font respecter la propriété d'autrui, mais le fait d'être dans un réseau de relations mutuelles où l'attribution et l'échange de biens se réalisent de façon

Document info
Document views1199
Page views1199
Page last viewedSat Jan 21 15:09:03 UTC 2017
Pages348
Paragraphs2523
Words106345

Comments