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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)317

équitable. Ce n'est pas surtout la crainte qui nous pousse à respecter la personne d'autrui, mais le fait de vivre dans un milieu où la liberté de chacun est réciproquement protégée.

La justice rend viables les règles morales et légales en offrant aux citoyens des solutions de rechange au crime et en favorisant l'éclosion de processus autorégulateurs reposant sur l'intérêt des parties en cause. Chaque partenaire se charge de faire respecter la règle qu'il respecte lui-même avec, pour résultat, que toute déviation déclenche diverses réactions - réclamation, rupture, contre-attaque, etc. - qui tendront à restaurer l'équilibre. C'est ainsi que les autorités morales ou les gendarmes ne s'épuisent pas à faire respecter les normes ; ils restent en réserve, n'intervenant que dans les cas de défaillance de l'autorégulation.

Les sanctions épaulent la justice

Il reste maintenant à démontrer que la justice - en l'occurrence, des rapports fondés que le respect réciproque des droits de chacun - ne saurait survivre si elle n'était épaulée par des sanctions morales et pénales.

S'il est vrai que la soumission de tous aux règles de justice est à l'avantage du plus grand nombre, il existe une solution bien plus profitable, c'est la tricherie. Elle consiste, pour un individu, à profiter du fait que les autres se soumettent à la norme, tout en s'affranchissant de cette obligation. L'avantage est évident : il est protégé contre les empiétements, tout en interférant dans le domaine d'autrui. De cette manière, il s'octroie une supériorité décisive sur ses concitoyens qui ont les mains liées par leurs engagements. La solution optimale est donc d'être au-dessus des lois auxquelles se soumettent tous les autres. Une telle aubaine est fort tentante ; il serait naïf de croire que certains ne céderont pas à la tentation.

La solution qui consiste à tabler exclusivement sur la bonne volonté de tous semble donc impraticable. Hobbes (1651) avait bien vu le caractère aléatoire de relations réciproques qui ne seraient fondées que sur la parole donnée. « Celui qui s'exécute le premier

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