X hits on this document

768 views

0 shares

0 downloads

0 comments

318 / 348

Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)318

n'aura aucune assurance de voir l'autre s'exécuter à son tour » (p. 316). Si je respecte la zone de liberté de mon voisin, rien ne me garantit que celui-ci fera de même à mon égard. Ce qui voudrait dire qu'il ne serait pas dans mon intérêt d'agir selon les principes de justice.

À cette première difficulté, s'en ajoute une autre encore plus grave. Comment espérer faire reposer la justice sur l'intérêt bien compris de gens dans le cas de tous ceux qui se côtoient sans entretenir aucun rapport les uns avec les autres ? Même s'il était dans mon intérêt de respecter les droits de ceux avec qui j'ai des relations réciproques, je n'aurais aucun raison d'agir de même avec des inconnus ; et ces derniers, n'ayant aucun engagement a mon égard, n'auront, eux non plus, aucune raison de m'épargner. Sauf à échanger avec tout le monde, ce qui est clairement impossible, je resterai entouré d'ennemis potentiels 78.

L'autorégulation ne suffit donc pas à la tâche : il est impossible de fonder l'ordre social exclusivement sur l'intérêt individuel. Depuis Hobbes, les philosophes contractualistes se sont penchés sur la question et ont trouvé sensiblement la même réponse : il faut un pouvoir commun qui tienne tout le monde en respect et oblige les uns et les autres à tenir parole. « Il faut qu'il existe quelque pouvoir coercitif pour contraindre également tous les hommes à l'exécution de leurs conventions par la terreur de quelque châtiment plus grand que l'avantage qu'ils attendent de leur infraction à la convention et pour garantir la propriété » (Hobbes, 15 1, p. 144). Quand le pouvoir remplit cette fonction, il n'invente pas les règles, il se contente de donner aux partenaires une motivation supplémentaire pour respecter les règles sur lesquelles ils se sont entendus.

Un système de sanctions est donc nécessaire, non pas tant pour nous forcer à obéir aux lois, mais pour nous enlever les raisons de soupçonner que les autres ne feront pas leur part. De cette manière, nous sommes en confiance : sachant que nos concitoyens respecteront nos droits parce qu'ils ne pourront les violer impunément, nous savons que nous ne serons pas les seuls à jouer selon les règles du jeu. Voilà pourquoi, comme l'explique Boudon (1977, p. 21 et 162), les

78 Voir de JOUVENEL (1955, p. 306).

Document info
Document views768
Page views768
Page last viewedMon Dec 05 08:56:52 UTC 2016
Pages348
Paragraphs2523
Words106345

Comments