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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)319

partenaires d'un contrat ont intérêt à s'interdire la défection pour éviter les effets pervers découlant d'engagements purement volontaires et qui, à ce titre, pourraient être unilatéralement rompus à n'importe quel moment. Les sanctions qui servent à instaurer un climat de confiance entre les citoyens peuvent ici être conçues comme le démarreur de la coopération : on entreprend d'échanger parce qu'on est assuré de ses partenaires 79.

Les sanctions apportent une motivation nécessaire mais secondaire à observer la loi. Nécessaire parce que, sans elles, la confiance ne pourrait pas s'établir, chacun attendant que l'autre ne commence avant de commencer. Secondaire, parce qu'il est, au départ, dans l'intérêt de tous de vivre dans un état social où la liberté et les droits de chacun sont réciproquement respectés.

La plupart des contractualistes, suivant en cela Hobbes, ont pensé que ce pouvoir qui oblige les citoyens à tenir leurs promesses est de nature coercitive et étatique. Il ne me semble pas trop présomptueux de dire qu'ils ont commis l'erreur de sous-estimer l'influence de la morale. Qu'est-ce qui nous arrête lorsque nous sommes tentés de tromper la confiance de celui qui agit correctement avec nous ? La crainte du gendarme ? Rarement. C'est plutôt la honte. Nous ne voulons pas passer, aux yeux de, nos proches, pour un individu perfide et trompeur. Ainsi, la solidité des engagements tient pour beaucoup à la force de la morale. Nous rendons le bien pour le bien et nous évitons de nuire à celui qui se retient de nous nuire parce que la justice est érigée au rang de vertu. Or, dès qu'on parle de vertu, on se situe sur le terrain de la morale. Il est possible, en théorie, de distinguer entre morale et justice, mais, en pratique, les deux sont indissociables. on ne voit pas comment les hommes pourraient résister à la tentation de l'injustice si celle-ci n'était fortement réprouvée.

79 Voir aussi : RAWLS (1971, p. 240).

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