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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)322

4/ Il est dans l'intérêt bien entendu des individus de vivre dans une société où chacun respecte la personne, les biens et la liberté d'autrui, parce qu'ils sont réciproquement protégés contre la violation de leurs droits. De cette manière, chacun peut jouir d'une plus grande liberté, de plus de sécurité et des avantages découlant de la coopération. Cette situation favorise l'émergence de mécanismes autorégulateurs qui ont une influence décisive sur le respect des lois.

Si nous acceptons ces quatre propositions, nous sommes conduits à poser le problème des rapports entre l'être humain et le crime dans des termes auxquels la criminologie ne nous a pas habitués. En effet, aujourd'hui encore, bien des criminologues restent obsédés par la question : quelles aberrations poussent le délinquant à commettre ses forfaits ? Dès lors que le problème est posé en ces termes, on est forcément poussé à rechercher ce qui distingue le criminel de l'homme normal. Et on ne manque pas de trouver ce que l'on cherche : des concepts comme valeurs criminelles et personnalité criminelle deviennent communément acceptés. On se représente alors le délinquant comme un être qui possède sa morale propre et sa psychologie propre. Puis, de fil en aiguille, on fabrique une curieuse image du criminel, à la fois ange et bête. Il apparaît comme un ange quand on s'imagine que quelques bonnes paroles, un peu d'amour et beaucoup de confiance suffiront à lui faire reprendre le droit chemin. Il devient une bête quand on le peint sous les traits du psychopathe cruel, froid, totalement insensible à la raison, à la morale et même à la force.

C'est en réaction contre ce portrait peu vraisemblable que j'ai écrit ce livre. J'ai simplement voulu déplacer l'attention de l'homme criminel à l'homme tout court. Cela veut dire, dans un premier temps, tenir compte du citoyen ordinaire (qui, bien souvent, est un délinquant potentiel) et pas seulement du criminel, puis, dans un second temps, considérer le criminel d'abord comme un homme et pas seulement comme un être à part. Dès que ce changement de perspective est opéré, le délinquant apparaît sous un jour nouveau. Ni ange ni bête, il devient, plus prosaïquement, un homme qui se laisse tenter par une activité possédant cette particularité d'apporter à son auteur des avantages immédiats avec un minimum de coûts intrinsèques. Nous

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