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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)323

l'avons vu, la plupart des délits évoqués ici peuvent être exécutés en quelques minutes et n'exigent que très peu d'investissements. Le bénéfice du crime est donc très réel : plaisir presque instantané au moindre coût. Il n'y a donc pas à se surprendre si certains hommes se laissent tenter : le crime est effectivement une entreprise tentante.

La nécessité du contrôle social se comprend alors facilement. Sa fonction est d'introduire des coûts extrinsèques à une activité qui comporte très peu de coûts intrinsèques. Le contrôle d'ordre moral consiste à faire du crime un acte mauvais, blâmable, honteux. Le contrôle pénal, de son côté, consiste à brandir la menace de la peine. Mais, dans certains milieux, les sanctions morales sont utilisées sporadiquement et sans conviction, et, la plupart du temps, la probabilité de subir une peine pour un délit isolé est faible. Dans ces conditions, il faut admettre que le crime peut être une activité rationnelle à court terme. Cela est tout particulièrement vrai pour les adolescents qui, généralement, ont d'excellentes chances de s'en tirer à bon compte. Mais les risques cumulatifs de la sanction font du crime une activité très coûteuse à la longue. Vient un moment, dans la vie d'un récidiviste, où les peines deviennent de plus en plus fréquentes et que s'additionnent divers types de coûts ; blâme, mauvaise réputation, stigmatisation, prison, insécurité. L'effet conjugué de ces sanctions force celui qui s'est adonné au crime à prendre conscience que, en longue période, cette activité comporte plus d'inconvénients que d'avantages. C'est vraisemblablement la raison pour laquelle même les criminels invétérés prennent, pour la plupart, leur retraite entre l'âge de 25 et de 35 ans. Outre la maturation, intervient ce que j'appellerai un processus de dissuasion différée : l'action intimidante des peines ne joue que tardivement, mais joue quand même.

Les hommes qui envisagent de commettre des crimes et ceux qui en commettent effectivement ne sont donc pas des déments, mais plutôt des acteurs soucieux de leurs intérêts qui décident en tenant compte des moyens disponibles et des profits escomptés. Si l'on retient cette hypothèse, il faut se résigner à conclure que, pour le meilleur et pour le pire, le criminel nous ressemble. Comme la plupart d'entre nous, il sait résister aux changements qu'on veut lui faire subir contre son gré. Et comme la plupart d'entre nous, il se révèle sensible à la réprobation et à la peur. Quand ses actes deviennent plus

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