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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)34

Aux État-Unis, ce constat, que l'on désigne souvent par l'expression nothing works (rien ne marche), fait l'objet d'un vaste consensus chez les chercheurs, surtout depuis la publication, en 1974, d'un article fracassant par R. Martinson, lequel résumait ainsi la conclusion de l'analyse fouillée de 231 recherches évaluatives : « Sauf un petit nombre d'exceptions isolées, les efforts réalisés pour réhabiliter les délinquants qui ont été étudiés jusqu'à maintenant n'ont pas eu d'effet appréciable sur la récidive » (Martinson, 1974, p. 25). Les travaux de Martinson et de ses collaborateurs eurent d'autant plus d'impact que, depuis plusieurs années déjà, les chercheurs avaient de sérieux doutes sur l'efficacité des traitements. Actuellement seule une petite minorité de chercheurs, dont Palmer (1975), exprime des réserves à cette idée 6.

Il semble donc acquis que les mesures de réhabilitation n'ont pas eu, jusqu'à maintenant, une influence significative sur la récidive. Il ne s'agit pas ici de refaire une démonstration qui a été faite maintes fois, et qui peut être fort fastidieuse, mais d'en préciser la portée et les limites.

La récidive au sens strict

L'« effet zéro » porte essentiellement sur la récidive au sens strict, c'est-à-dire sur l'activité criminelle qui suit l'intervention pénale, et non sur d'autres variables comme la conduite des sujets pendant le traitement, l'évolution psychologique, l'adaptation sociale, etc. Il est très possible que certains traitements contribuent à l'évolution psychologique des délinquants. Lors d'une recherche sur une institution pour jeunes délinquants du Québec, Boscoville, on avait observé une importante progression des pensionnaires pendant

6 C'est ainsi que PALMER (1975) reprocha à Martinson d'avoir sous-estimé les résultats positifs ou partiellement positifs des travaux rapportés dans son article. Il soulignait de plus que certaines catégories de délinquants semblent réussir un peu mieux que d'autres à la suite de certains traitements (je reviendrai sur ce point). Cependant, un comité de la « National Academy of Science » se consacra à l'analyse du problème pour conclure que Martinson et ses collaborateurs avaient raison et que Palmer avait commis l'erreur d'accepter sans réserve des recherches qui prétendaient, sans justification véritable, avoir constaté des résultats positifs (Sechrest et al., 1979).

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