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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)48

délits a acquis, au fil des années, des habitudes criminelles. Le crime est devenu, chez lui, une seconde nature et même un besoin profondément enraciné dans sa personnalité. L'agression et surtout le vol lui sont devenus intrinsèquement gratifiants, exercent sur lui un attrait presque irrésistible. Ce que Genet (1949, p. 12) appelle « leur goût du crime » laisse de tels hommes sans force devant la tentation et, ceci, malgré la peur de subir une nouvelle peine. Ils ne peuvent que difficilement se passer des satisfactions que leur apportent leurs transgressions.

Celui qui s'est engagé vers 12 ou 13 ans dans une activité délictueuse intense a appris à réaliser ses désirs - la richesse, le succès, le plaisir - en violant la loi. Les nombreuses satisfactions que le crime lui apporte en ont fait - pour employer la terminologie behavioriste - un comportement renforcé et, à ce titre, difficilement déracinable. Ces criminels sont adonnés au crime comme les alcooliques le sont à la boisson. Et quand ils sont forcés d'arrêter, ils se sentent privés de quelque chose, ils sentent en eux un vide. Ils ont l'impression de vivre au ralenti. La délinquance est la seule activité qui leur donne l'impression de vivre intensément, quelquefois de vivre tout court (Willwerth, 1974, p. 45 ; Aurousseau et Laborde, 1976, p. 34).

Pendant un séjour en prison, nous le verrons plus loin, la plupart des détenus envisagent sérieusement d'abandonner ce métier par trop risqué. Mais ceux qui ont acquis cet impérieux besoin éprouvent de grandes difficultés à résister aux multiples tentations qui s'offrent à eux dès qu'ils sont en liberté. Le spécialiste du hold-up examine une banque comme si c'était l'île au trésor. Spontanément, presque sans y penser, il en examine les points faibles, évalue les difficultés de l'entreprise et rêve au butin possible (Reynolds, 1953, p. 221). Le pickpocket est sollicité par d'anciens complices qui lui proposent un délit facile et sans risque. Il lui semble absurde de refuser.

« C'est sur Broadway que j'ai fais mon premier coup après mon retour de prison. Un jour, j'ai rencontré le Kid qui voulait de l'argent aussi fort qu'un financier. Il me demanda si je n'étais pas mûr pour recommencer et me montra une nana élégante, grasse, fraîche et blonde qui descendait la rue, un gros porte-monnaie dépassant de sa poche. Ça semblait facile, pas de risques en vue et j'acceptai de lui donner un coup de main » (Hapgood, 1903, p. 210).

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