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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)50

« Certains hommes deviennent sages à vingt et un ans, d'autre pas avant trente-cinq, et certains, jamais. La sagesse me vint à trente-cinq ans » (Hapgood, 1903, p. 209).

Selon un préjugé fort répandu, plus un délinquant est jeune, meilleures sont ses chances de réadaptation. En fait, ceci ne s'applique certainement pas aux adultes. A partir de 20 ans, plus un délinquant est âgé, moins il a tendance à retomber dans le crime. Par exemple, dans un échantillon de détenus américains, ceux qui sortaient de prison à 18 ans avaient un taux de récidive de 51%, alors que ceux qui en sortaient à 35 ans ne récidivaient que dans un pourcentage de 30% (Glaser : 1964, p. 36). Petersilia et al. (1978, p. 49) ont montré que, dans un groupe de criminels adultes, la délinquance relevée diminuait substantiellement avec l'âge même chez ceux qui restaient actifs dans le crime. Le nombre mensuel moyen de délits était de 3,28 pendant la période « jeune adulte » et il chutait à .64 pendant la période adulte.

Le phénomène est connu depuis longtemps. Quételet avait observé que le penchant au crime se développe en même temps que la vitalité physique et les passions, atteignant un sommet à25 ans pour, ensuite, diminuer progressivement. Il expliquait cette baisse par le fait que la maturité intellectuelle et morale n'arrive que tardivement pour freiner les tendances criminelles, lesquelles se résorberont encore plus avec le déclin de la vitalité physique et de l'ardeur des passions 10.

Cette explication de sens commun est convaincante. Il suffit de songer que, pour le criminel moyen, la réussite dépend de facteurs aussi simples que l'agilité pour sauter les clôtures, la rapidité à la course et la force brutale. Or ces capacités atteignent un sommet vers 20 ans et sont en net déclin dès 30 ans. Pour le délinquant, comme pour l'athlète, l'âge de la retraite vient tôt.

Sheldon et Eleanor Glueck ont poussé plus que quiconque l'analyse du phénomène. Suivant plusieurs échantillons de délinquants pendant de longues périodes, ils observaient une réduction substantielle de la criminalité entre 25 et 35 ans. Ils expliquaient cette évolution en termes de maturation. Les délinquants qui se détournent du crime entre 25 et 35 ans auraient acquis tardivement la maturité qui leur

10 LÉAUTÉ (1972, p. 435) a fait un résumé de la pensée de Quételet sur ce sujet.

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