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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)52

maladie mentale, troubles nerveux, épilepsie (Glueck et Glueck, 1943, p. 127 ; Breuvart et al., 1974, p. 114).

Ainsi, les hommes qui s'incrustent indéfiniment dans l'ornière de la délinquance sont très mal équipés pour la vie en société. Ils sont issus de familles terriblement désorganisées qui leur ont légué un bagage éducatif d'une pauvreté extrême et, vraisemblablement, quelques tares héréditaires. Ils n'ont ni la préparation ni la compétence nécessaires pour réussir sur le marché du travail. Ils ont souvent des ressources intellectuelles inférieures à la normale et un équilibre psychologique précaire. Comme le faisaient remarquer les Glueck (1974, p. 150), de tels hommes n'ont pas les ressources psychiques qui leur permettraient d'acquérir, fût-ce tardivement, cette maturité nécessaire pour entrer dans le droit chemin. Leurs handicaps les figent dans un stade infantile de l'évolution psychologique.

Parker (1963) a très bien décrit, en la personne de « Charlie », ce délinquant perpétuel - en fait beaucoup plus inadapté que délinquant. Charlie est un petit criminel d'habitude, alcoolique, qui a passé une bonne partie de sa vie en prison et qui n'en sort généralement que pour quelques jours ou quelque semaines, le temps de se faire prendre de nouveau pour un menu vol. Cependant, un jour, plusieurs personnes décident de l'aider et, grâce à leurs efforts conjugués et, surtout, grâce à la patience de ceux qui l'hébergent, il réussit à passer un an hors de prison. La vie qu'il mène pendant cette année révèle bien comment il est difficile de mener une vie normale pour un délinquant handicapé.

Pendant cette période, Charlie change d'emploi onze fois. Il ne réussit à s'adapter à aucun poste, même les plus simples : il est trop lent, il se dispute avec les contremaîtres, il tombe malade, il abandonne de lui-même. On lui offre de suivre un cours de cordonnerie et, pendant ce temps, il sera payé. Il accepte avec enthousiasme : voilà, dit-il, la chance qu'il avait espérée toute sa vie. Mais au bout d'une semaine il quitte sans prévenir parce que l'indemnité qu'on lui versait n'était pas suffisante. Charlie est tout autant inadapté dans les foyers où il séjourne. Il demande beaucoup d'attention, refuse de collaborer, commet de menus larcins, critique, s'enivre, se dispute. Pour un certain temps, il se réfugie chez sa soeur, mais, bientôt, il doit partir : il restait couché toute la journée, exigeait

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