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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)55

Ce qu'on peut appeler l'incompétence professionnelle des délinquants n'est pas seule en cause. A celle-ci s'ajoutent les attitudes de la population et les mesures que l'on prend pour bloquer l'accès des ex-détenus au marché du travail. Il est clair que les employeurs accueillent un candidat qui avoue son passé criminel moins favorablement qu'un autre. Schwartz et Skolnick (1962) l'ont démontré par une ingénieuse expérience. Ils avaient envoyé une demande d'emploi à 100 hôteliers ; celles-ci comprenaient toutes un « curriculum vitae » identique sauf sur un point : certains mentionnaient que le candidat avait été condamné pour voie de fait ; dans ce cas, on ne reçut que 4% de réponses positives. Les autres demandes qui ne faisaient aucunement mention d'antécédents judiciaires permettaient d'obtenir 36% de réponses positives. Dans les Pays-Bas, Buikhuisen et Dijksterhuis (1971) firent une expérience analogue. Résultat : les demandes dans lesquelles il était question d'une condamnation pour vol reçurent 32% de réponses positives ; celles qui n'en faisaient pas mention, 52% ; lors d'un sondage américain, on avait obtenu un chiffre qui va précisément dans le même sens : 74% des répondants hésiteraient à embaucher un ex-délinquant à un poste de responsabilité (Dale, 1976, p. 324).

D'autres facteurs viennent accentuer les difficultés qu'éprouvent les ex-détenus à trouver un emploi et tout spécialement un bon emploi. De nombreuses lois et règlements, de même que des politiques des agences gouvernementales et des grandes compagnies interdisent purement et simplement l'embauche de personnes ayant été condamnées pour un délit. C'est ainsi que la plupart des postes de fonctionnaire dans le gouvernement sont fermés aux ex-détenus. Il en est de même pour de nombreuses professions régularisées par les lois : dans plusieurs États américains, il faut être de « bonnes moeurs » ou avoir un dossier vierge pour devenir avocat, médecin, infirmier, comptable, électricien, embaumeur, plombier et même barman ou barbier (Dale, 1976, p. 329). Si on ajoute à tout ceci les politiques restrictives d'un grand nombre de corporations, en particulier dans le domaine de l'assurance, de la finance et de l'immobilier (Irwin, 1970, p. 125), il faut reconnaître que l'éventail des possibilités d'embauche des ex-prisonniers est singulièrement limité.

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