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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)62

L'appel du malade et l'appel du délinquant

C'est avec raison que l'on a parlé à ce propos du modèle médical. L'analogie est évidente : comme le malade, le criminel souffre et, comme le médecin, le psychothérapeute entreprend de soigner son mal. Poussons la comparaison. Quel est le but de la médecine et quelle est sa signification profonde ? A ceci Canguilhem répond, dans Le Normal et le Pathologique, étude philosophique sur la médecine, que la clinique médicale poursuit un objectif qui est de l'ordre des valeurs. Il démontre qu'il n'existe pas de critère scientifique qui nous permettrait de distinguer le normal du pathologique. La clinique « est une technique d'instauration ou de restauration du normal dont la fin, savoir la satisfaction subjective qu'une norme est instaurée, échappe à la juridiction du savoir objectif » (Canguilhem, 1966, p. 153). Mais si la fin de la médecine ne découle pas de la science, d'où vient-elle ? De l'appel du malade. La médecine « est une activité qui s'enracine dans l'effort spontané du vivant pour dominer le milieu et l'organiser selon ses valeurs de vivant (...) C'est donc d'abord parce que les hommes se sentent malades qu'il y a une médecine » (p. 156).

Si la finalité de la médecine ne peut être fondée sur la science, à plus forte raison, l'intervention clinique auprès des délinquants ; cette dernière ne peut être que normative. Dans ce cas, est-ce qu'on est justifié de dire, à propos du traitement des délinquants, ce qu'on dit de la médecine, à savoir qu'il est une réponse à l'appel du délinquant et qu'il s'enracine dans l'effort de celui-ci pour résoudre ses problèmes ? Est-ce qu'on souffre de la délinquance comme on souffre d'une maladie ? Et est-ce que, à cause de cette souffrance, le délinquant désire changer ?

Il est loin d'être évident que les réponses à ces questions puissent être positives. Il existe un bon nombre d'hommes pour qui la délinquance est une activité avantageuse et agréable. Ils en tirent des bénéfices matériels et psychologiques substantiels et, de ce fait, ils ne voient pas pourquoi ils abandonneraient. De leur point de vue, le crime est une réponse satisfaisante à leurs besoins, une solution valable à leurs problèmes. Pour eux, le crime n'a pas grand-chose à

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