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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)64

ils n'ont pas « assez de sens moral pour souhaiter devenir autre, souhaiter s'améliorer, souhaiter ne pas avoir été criminels » (p. 293). Et si un clinicien va expliquer au délinquant qu'il n'est pas vraiment responsable du crime qu'il a commis, il ne fera que le déculpabiliser encore plus et affaiblir le peu de motivation à changer qui pouvait subsister.

Il est toujours possible de rétorquer que le thérapeute possède une expertise qui lui ferait savoir mieux que le principal intéressé ce qui est dans son intérêt. Il se croit alors autorisé à agir « pour le bien » du client.

Cette position me paraît fort discutable.

« Savoir le bien de chacun mieux que lui-même, c'est chose dont Dieu seul est assuré. Le père de famille même, à la tête de son infime royaume, s'il doit connaître le bien de chacun de ses fils et les y acheminer individuellement en y faisant concourir les autres, remplit cette fonction avec combien de maladresses, de fautes et souvent de malheurs » (de Jouvenel, 1955, p. 147).

Ces propos ont encore plus de poids quand on songe à l'ignorance dans laquelle on se trouve devant les délinquants qui sont soumis à un quelconque examen psychologique. Quand nous réalisons combien il est difficile de comprendre un criminel, quand nous réalisons qu'il est absolument impossible de comprendre celui qui refuse de s'ouvrir (et ils ont souvent intérêt à se taire), quand nous réalisons que les meilleurs. experts ne s'entendent que rarement sur le diagnostic à poser, on ne voit pas comment on peut prétendre imposer au délinquant, et ce malgré ses objections, notre propre conception de ce que devrait être son intérêt.

Ce serait une autre erreur de penser que les criminels ne veulent jamais changer. Au contraire, chez la majorité d'entre eux, vient un moment - ou plus précisément des moments - où ils désirent ardemment changer. Mais ils veulent changer quand le crime ne leur réussit plus, lorsqu'ils ont appris à leurs dépens que le seul moyen sûr d'éviter l'incarcération est de cesser de voler. Tant que le crime paie, ils ne veulent aucune aide et ils n'ont rien en commun avec le malade

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