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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)65

qui consulte son médecin. Mais le jour où ils en ont assez, il n'est plus nécessaire d'oeuvrer sur les motivations. Elles y sont déjà. Il faut offrir au délinquant désireux de changer de vie une aide concrète. Et cette assistance sera particulièrement bienvenue lors de la sortie de prison. L'ex-détenu a alors besoin, non de faire de l'insight, mais de trouver un emploi convenable, de se loger, d'avoir un peu d'argent. Pendant cette période de transition entre un passé dominé par les activités criminelles et un avenir encore incertain, ces hommes sont souvent faibles, démunis, découragés. Si les encouragements, la confiance et l'amitié ne leur font pas trop défaut, ils pourront s'en sortir.

Un double malentendu

Étant donné que le délinquant se refuse souvent à changer, le clinicien ne reçoit pas toujours un mandat de son client. Par contre, il en a toujours un de la société, et celui-ci est relativement clair : faire cesser la récidive et, au moins pendant la durée de l'intervention, garder sous contrôle l'agir délinquant. Après tout, les agents de probation et de libération conditionnelle, les éducateurs de jeunes délinquants, les psychologues et les criminologues qui oeuvrent dans les prisons ne reçoivent leur salaire que parce qu'on les croit capables d'une manière ou d'une autre, de freiner l'activité antisociale de ceux qui leurs sont confiés. Et on se charge de le leur rappeler : les directeurs de service, les juges, les policiers, les journalistes, les hommes politiques ne se gênent pas pour répéter que « la société veut être protégée. »

Cependant ce mandat social est mal accepté et quelquefois nié par les cliniciens. Lors de ses recherches sur la clinique criminologique, Anne-Marie Favard (1981) a pu constater que le praticien ressent le mandat qui fonde la légitimité de son action comme coercitif. Il « se sent perçu comme "flic" ». Cela se comprend quand on tente de préciser les véritables objectifs du mouvement thérapeutique. Ceux-ci sont fondés sur un parti pris délibéré en faveur du délinquant. On veut d'abord et avant tout aider, humaniser le sort fait au détenus, atténuer les conséquences des peines. Cette opinion a conduit les cliniciens à une extrême indulgence à l'endroit des délits commis par ceux que l'on veut d'abord aider. Au cours d'une

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