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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)66

recherche qui consistait à mesurer les attitudes envers les délits des jeunes de différents segments de la population, Malewska, Peyre et Bonerandi ont mis en relief le fait que les éducateurs de l'éducation surveillée sont, de tous les groupes étudiés, ceux qui jugent le moins sévèrement les délits commis par les jeunes ; ils sont encore plus indulgents que les jeunes délinquants eux-mêmes. « En bas de l'échelle de gravité, nous voyons les éducateurs dont la tâche est la réinsertion sociale des jeunes, ce qui n'est pas lié à la connaissance du délit. En fait, le délit ne les intéresse pas en soi, mais seulement comme un incident dans le processus de socialisation » (p. 48). Pour ces éducateurs l'important ce n'est pas l'acte, mais la personne et le pourquoi. L'un d'eux disait : « Je juge la gravité par le préjudice que l'acte porte au mineur plutôt que le préjudice porté à la société » (p. 172). Quand le délit est à ce point minimisé, on comprend que, mesurés à l'aune de la récidive, les projets de réhabilitation soient des échecs. Ceux qui y travaillent ne pensent pas que la délinquance soit un problème réel ; ils ne peuvent donc pas penser sérieusement que la non-récidive soit un objectif qu'il vaut la peine de poursuivre. Il ne faut pas se surprendre que les cliniciens ne se soient pas acharnés à chercher des méthodes qui auraient été efficaces pour faire baisser la récidive. Au fond, cela ne les intéresse pas.

Nous sommes ici devant un vaste malentendu. Les représentants de la société confient à des thérapeutes la mission de participer à la lutte contre le crime ; ces derniers font comme s'ils pouvaient répondre à cette attente, mais, en fait ce qui les intéresse, c'est de contribuer au mieux-être des personnes qu'ils perçoivent comme des victimes de la société.

En réalité le malentendu est double. Il y a d'abord celui qui est entretenu avec les délinquants qu'on veut aider et qui ne veulent pas l'être, puis avec ceux qui veulent que la délinquance soit contrôlée alors que le but est secrètement ou, quelquefois, ouvertement récusé.

Ainsi le clinicien est coincé entre un délinquant qui, souvent, refuse de coopérer et une demande sociale inévitablement répressive que son idéologie professionnelle lui dicte d'ignorer. Il sera alors dans l'impossibilité de se faire une idée claire de ses objectifs : aider ? comprendre ? changer la personnalité ? prévenir la récidive ? Il sera

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