X hits on this document

891 views

0 shares

0 downloads

0 comments

70 / 348

Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)70

1. La relation inefficace

Tout commence par un fait apparemment ignoré d'un grand nombre de partisans du traitement : en soi, la relation n'est pas un moyen efficace d'agir sur le comportement. On n'a jamais pu faire la preuve que le simple fait d'établir une relation positive avec un délinquant conduise à des changements de conduite. Par contre, il existe des indications qui militent en faveur de l'hypothèse de l'effet nul. Lors d'une recherche dans deux institutions pour jeunes délinquants du Québec, j'ai constaté qu'il existe peu de corrélation entre la qualité des relations éducateurs-jeunes et le comportement et tout spécialement les comportements agressifs de ces derniers pendant leur séjour dans l'institution (Cusson, 1974 A, p. 91). Dans le secteur de la libération conditionnelle, Waller (1974, p. 134) faisait une observation du même ordre : une bonne relation pendant les premiers mois de la libération conditionnelle ne semble pas avoir d'effet sur la probabilité de récidive des ex-détenus. Ainsi, un délinquant peut avoir une excellente relation (et cela arrive souvent) avec un éducateur ou un praticien de la réhabilitation, tout en continuant à agir comme il l'entend. Il ne suffit pas d'établir une relation de confiance avec un délinquant pour l'influencer réellement. Ceci Redl et Wineman (1951, t. 1) l'avaient bien vu : « Un éducateur peut être aimé d'un enfant, peut même faire l'objet d'un véritable emballement, peut être extrêmement populaire parmi tous, mais il peut cependant ne pas avoir la moindre influence sur eux » (p. 228). Donc le moyen central de l'entreprise thérapeutique, celui que certains vont même jusqu'à préconiser à l'exclusion de tout autre, ne permet pas d'influencer significativement la conduite de ceux qu'on prend en charge 13. Qu'arrive-t-il alors ?

13 On pourrait ici faire un rapprochement avec ce qui sera rapporté aux chapitres 7 et 8 relativement à l'éducation morale. On n'a pas réussi, quoi qu'on en dise, à trouver un lien entre le manque d'affection et la délinquance. Par contre, on a démontré que la délinquance était associée au laisser-aller des parents. Ne veut-on pas reproduire, dans le traitement des délinquants, le style d'éducation qui, sur le plan familial, s'est révélé désastreux ?

Document info
Document views891
Page views891
Page last viewedThu Dec 08 23:29:42 UTC 2016
Pages348
Paragraphs2523
Words106345

Comments