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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)76

transférer dans une autre institution (Vinter et al., 1976, p. 115).

Dans le « Community treatment project » considéré par les experts comme ce qui se fait dé mieux dans le domaine du traitement en milieu ouvert, on voulait faire la démonstration qu'il est possible de traiter les délinquants tout en les maintenant dans leur milieu naturel. Or il fut démontré que les agents du CTP avaient recours à la détention temporaire comme mesure de, contrôle et ceci. sur une grande échelle. Lerman (1975), après une analyse fouillée de ce projet, calcula que, en 1968, 89% des jeunes qui participaient au programme avaient été placés en détention temporaire au moins une fois (p. 36). Sur une période de 16 mois, chaque client du CTP avait passé en moyenne 56 jours en détention (p. 40). Lerman prit un malin plaisir à calculer le rapport entre le temps que les jeunes passaient en détention et le temps pendant lequel ils recevaient le traitement proprement dit (thérapie individuelle, thérapie de groupe, traitement familial, etc.). Il aboutit à ceci : sur une période de 16 mois, les clients étaient traités pendant une durée totale moyenne de 5,7 jours, alors qu'ils avaient passé, toujours en moyenne, 56 jours en détention. Dans un sens, ils étaient donc presque dix fois plus punis que traités !

Les punitions existent aussi en probation et en libération conditionnelle ou, pour être plus précis, il en existe une d'importance majeure : la suspension qui conduit généralement le délinquant en prison ou en institution. Sur la foi de minutieuses observations du fonctionnement d'agents de probation, Emerson (1969, p. 221) affirme que la menace d'incarcération est le principal moyen de pression en probation. Quand l'agent apprend ou soupçonne qu'un de ses clients se conduit mal, il menace de suspendre sa libération, ajoutant qu'il lui donne une « dernière chance » puis, devant les récidives trop nombreuses, il met sa menace à exécution sous peine de perdre toute crédibilité.

Des faits semblables peuvent être observés dans la plupart des interventions cliniques auprès des délinquants. Il n'est pas rare que le diagnostic soit utilisé dans une perspective punitive. C'est ainsi que les psychologues et les psychiatres réagissent quelquefois aux refus de coopérer de patients butés par un diagnostic qui conduira à une sentence plus sévère ; il leur suffit d'écrire : potentiellement

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