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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)77

dangereux, psychopathe, structure caractérielle délinquante, pronostic réservé. Les détenus savent que le pouvoir des cliniciens est réel, surtout quand les juges ou les commissions qui prennent la décision finale sont surchargés et portés à suivre aveuglément les recommandations que leur soumettent les experts. Ils savent aussi qu'ils ont intérêt à ne pas être trop bavards. 61% des jeunes pensionnaires dans les institutions correctionnelles américaines se disent d'accord avec l'affirmation : « Ici, si vous parlez de vous au personnel, l'information sera probablement utilisée contre vous. » 32% des jeunes hébergés dans des foyers de groupe sont aussi de cet avis (Vinter et al., 1976, p. 118).

Le processus qui conduit à cette omniprésence des peines se comprend facilement. Au sein d'une population de délinquants forcés de se soumettre à une forme quelconque de traitement, apparaissent inévitablement diverses formes de déviance : le vol et l'agression, mais aussi l'indiscipline, les chahuts, les évasions, les émeutes. On conçoit que les responsables d'un programme de traitement puissent difficilement tolérer ces agissements qui leur rendent la vie impossible et qui leur attirent les critiques de l'extérieur. Inéluctablement, surgit le réflexe répressif, lequel consiste à recourir à la force quand la persuasion ne suffit pas. Mais comment faire pour éviter l'escalade quand on met le doigt dans cet engrenage ? Les menaces ne suffisent pas) On les exécute. La perte de privilège ne réussit pas pour mater les récalcitrants ? On a recours à l'isolement dans la première pièce disponible. Mais, tôt ou tard, un forcené entreprendra de démolir celle-ci en faisant un vacarme épouvantable. On se résignera alors à aménager au sous-sol une cellule d'isolement. Cependant, on se gardera bien de l'appeler par son nom et on sera mal à l'aise quand les clients parleront du « trou ». Car, avouer que l'on punit équivaudrait à reconnaître que l'intervention thérapeutique ne se distingue pas fondamentalement des méthodes répressives traditionnelles. Or, les traitements ont été développés en réaction contre ces méthodes et ont toujours été présentés comme des alternatives plus humaines et plus efficaces que celles-ci. Admettre qu'on a recours à la bonne vieille manière forte serait admettre son échec. Pour échapper à cet humiliant constat, on entreprend de couvrir ces pratiques d'un voile pudique. On les masque sous de savants euphémismes : détention thérapeutique,

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