X hits on this document

881 views

0 shares

0 downloads

0 comments

81 / 348

Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)81

aux sessions de thérapie de groupe si tu veux être libéré bientôt. Or, toute mesure obligatoire comporte une perte de liberté et, à ce titre, devrait être assimilée à une peine. Dans ce cas, pourquoi les règles de justice, qui visent à limiter les excès dans l'application des peines, ne s'appliqueraient-elles pas aux traitements qui ne sont pas totalement volontaires ? S'il est pertinent de parler du droit de punir, ce l'est aussi du droit de traiter.

La liberté de conscience doit-elle être respectée ? - Les psychothérapies visent d'abord la personnalité du délinquant, y compris ses convictions et, même, sa manière de penser. Cette entreprise ne risque-t-elle pas de menacer la liberté de conscience et d'opinion ? Comme le souligne Léauté (1972, p. 759), on reconnaît, dans nos pays, « le droit pour chaque citoyen, droit opposable à l'État, de choisir ses propres critères du Bien et du Mal, à condition de ne pas violer par son comportement les lois de ce même État ».

Rien n'est plus menaçant pour la liberté que le projet de changer la conscience des gens contre leur gré. A l'époque de l'Inquisition, ce fut le principe et la justification des tortures les plus atroces. Sans aller jusque-là, on se livre aujourd'hui à des pratiques que les délinquants risquent de trouver injustes. Il arrive, dans des institutions, qu'un pensionnaire soit puni parce qu'il a refusé de se livrer à son éducateur et, on l'a vu, la détention pour refus de collaborer était pratique courante en Californie. Avons-nous le droit de punir les gens pour ce qu'ils pensent ou, plus précisément, parce qu'ils refusent de raconter leurs problèmes ?

Est-il juste d’imposer des peines hors de proportion avec les délits ? - Les codes pénaux, en accord avec le sentiment de justice de la plupart des citoyens, s'inspirent de la règle de la proportionnalité entre les délits et les peines : on ne doit pas infliger au délinquant une souffrance plus grande que celle dont il est responsable ou, formulé autrement, il doit y avoir commune mesure entre le délit et la peine. Les idéologies thérapeutiques rejettent formellement cette règle : on ne punit pas un crime, on adapte un traitement aux besoins individuels de chacun ; la proportionnalité est donc, de ce point de

Document info
Document views881
Page views881
Page last viewedThu Dec 08 16:09:16 UTC 2016
Pages348
Paragraphs2523
Words106345

Comments