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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)82

vue, un principe non pertinent sinon barbare. Résultat : il arrive qu'un délinquant soit incarcéré pour avoir répondu avec insolence au maître d'école (Lerman, 1975, p. 82). Les tribunaux pour mineurs qui s'inspirent largement de la philosophie de la réhabilitation vont assez loin dans ce sens. On y trouve très peu de relation entre la gravité des délits et la sévérité des sentences. Il est très fréquent que des enfants qui commettent des « délits » aussi mineurs que l'école buissonnière ou la fugue de la maison soient placés pour deux ans dans les institutions les plus carcérales, alors que des adolescents trouvés coupables de multiples cambriolages et vols d'auto soient mis en probation ou simplement admonestés.

Le refus de la proportionnalité a conduit au système des sentences indéterminées, rejeton du mouvement thérapeutique. Il y est prévu que le coupable restera en prison tant qu'il ne sera pas rééduqué ou pour une durée allant, par exemple, de un à vingt ans. Ce sont les autorités du pénitencier qui, sur les conseils de leurs experts, décident de la date de la libération.

Cette pratique est d'autant plus pernicieuse qu'elle repose sur une illusion, à savoir qu'il serait possible de connaître le moment où le délinquant est réhabilité. Or, dans l'état actuel des connaissances, cela est totalement impossible. Nous nous trouvons dans une situation qui n'a rien à voir avec ce qui se passe en médecine. Généralement, le médecin sait quand un patient est guéri ou quand il peut, sans risque, lui permettre de continuer sa convalescence chez lui. Dans le cas des délinquants, nous n'en savons rien et on ne voit pas par quel moyen fiable on pourrait le savoir. Ce constat d'ignorance avait été fait dès 1833 par Beaumont et Tocqueville. Leur analyse reste toujours actuelle. « Comment démontrer par des chiffres la pureté de l'âme, la délicatesse des sentiments et l'innocence des intentions ? » (p. 149). Cela est d'autant plus difficile que, d'une part, le détenu a tout intérêt à faire croire qu'il est réhabilité et que, d'autre part, la personne qui doit l'évaluer est portée à la crédulité. En effet, le criminel aspire à la liberté ; il est donc intéressé à témoigner « un profond remords de son crime et un vif désir de revenir à la vertu. Quand ces sentiments ne seraient pas sincères, il ne les exprimerait pas moins. D'un autre côté, l'homme de bien qui consacre toute son existence à la poursuite d'un but honorable est lui-même sous l'influence d'une passion qui doit

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