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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)84

On prétend intervenir non selon la règle, mais sous l'inspiration du « sens clinique ». On se refuse à limiter le pouvoir de traiter par une quelconque règle. Les clients sont alors à la merci du bon vouloir du thérapeute. L'ex-détenu ne sait jamais quand et au nom de quoi on prendra la décision de suspendre sa libération conditionnelle ; le pensionnaire d'une institution ne sait, lui non plus, ni à quel moment ni pourquoi il sera libéré.

Les exigences de justice et l'efficacité des traitements

Les questions qui viennent d'être soulevées posent naturellement des problèmes d'ordre moral et juridique. Mais, plus important pour mon propos, elles iront se répercuter sur l'efficacité des psychothérapies. En effet, les délinquants ne se gênent pas pour contester la légitimité des traitements qu'on leur fait subir. Ils ne se privent pas de mettre en question le droit d'imposer un traitement obligatoire, de défendre leur liberté de pensée, de pointer du doigt la disproportion entre le délit et la peine, de comparer les peines qu'ils subissent avec celles de leurs camarades qui ont fait la même chose et de protester contre l'arbitraire de certaines décisions. Quelle collaboration peut-on attendre d'un client qui a de si bonnes raisons de récuser le projet auquel on veut l'associer et qui a de si bonnes raisons de contester les règles du jeu, lequel, pour être joué, exige sa participation ? Il est vrai que, quelles que soient les règles dont on s'inspire, bon nombre de délinquants se diront victimes d'injustice. Mais ne risquons-nous pas, par tant d'ambiguïté, d'accentuer ce sentiment d'injustice subie qui les habite ?

Plus encore que le délinquant, le thérapeute risque d'être affecté par cette situation. Comment pourrait-il être insensible aux protestations de ceux qu'il prend en charge ? Après tout il a, lui aussi, un sens de la justice. Il s'interroge lui aussi sur la légitimité de son action. Harcelé par ses clients, il se mettra à douter de son droit de traiter ; il sera gêné devant le caractère disproportionné de certaines mesures ; il ne saura que dire si on lui rappelle que deux délits identiques sont suivis de mesures totalement différentes ; il sera embarrassé si on le taxe d'arbitraire. Il sera alors envahi par un sentiment de malaise qui le rendra, dans l'action, velléitaire, hésitant,

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