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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)86

l'influence d'une imposante prison ou d'un clinicien habile, réaliser ses erreurs et subir une transformation de son caractère. Aujourd'hui, nous avons un sourire amusé devant la naïveté des pionniers de la réforme des prisons qui s'imaginaient que l'instruction religieuse associée à l'isolement cellulaire mènerait à la régénération morale. Comme ils souriraient maintenant de nos illusions que des conversations avec un psychiatre ou le retour dans la communauté permettraient de réaliser les mêmes fins. Nous avons appris combien il est difficile d'améliorer, par une action gouvernementale, le rendement scolaire des enfants ou de rétablir la stabilité et l'affection dans les familles et, dans ces cas-là, on a affaire à des sujets consentants et dans des moments où ils reconnaissent leurs besoins. La réhabilitation des criminels requiert que l'on suscite des changements équivalents chez des sujets non consentants dans un climat marqué par la coercition et l'indifférence » (Wilson, 1975, p. 170).

L'énorme écart entre la théorie et la pratique peut aussi expliquer l'inefficacité des psychothérapies. « Quand nous examinons les programmes réels - ce qui a été réellement tenté -nous découvrons que l'essentiel de ce qu'on appelle la réhabilitation ne pouvait pas raisonnablement produire des changements véritables et durables » (Sechrest et al., 1979, p. 35). En effet, un examen le moindrement attentif des programmes de traitement tels qu'ils existent laisse fort sceptique sur leur capacité de changer quoi que ce soit chez les sujets traités. On trouve presque inévitablement un large fossé entre ce qu'Ellenberger (1976, p. 1821) appelle les processus projetés et les processus réels.

Cette situation n'est pas nouvelle. Rothman (1980) a démontré que toute l'histoire de l'entreprise thérapeutique aux États-Unis est marquée par cette impuissance radicale à traduire les principes dans les faits. C'est ainsi que, dès leurs débuts, les services de probation et de libération conditionnelle fonctionnaient d'une manière qui n'avait rien à voir avec le discours qui servait à les justifier. A peu près partout, des agents mal préparés et débordés rédigeaient des rapports superficiels qui étaient suivis de décisions arbitraires et imprévisibles. Ce qu'on appelle la supervision du client se réduisait à quelques contacts brefs et épisodiques au cours desquels on posait quelques questions stéréotypées qui servaient d'introduction à des remontrances sur la vertu de l'honnêteté et de la ponctualité (Rothman, 1980, p. 91-92).

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