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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)87

La rhétorique de la réhabilitation n'a pas véritablement informé l'action, elle n'a fait que la cautionner. Or, s'il a été impossible d'enclencher les théories dans la pratique, ce n'est pas seulement faute de moyens, ce n'est pas seulement à cause des praticiens, c'est, plus profondément, parce que les principes que ces derniers avaient pour tâche de réaliser ne sont pas valables.

Ils ne le sont pas parce qu'ils misent sur une mesure, la relation clinique, qui ne suscite pas une réelle motivation à changer et qui, de ce fait, ne réussit tout simplement pas à modifier les comportements. Sans pouvoir réel, les cliniciens doivent se rabattre sur la réglementation, la surveillance et les punitions. Et alors, le programme projeté se métamorphose insensiblement en un système répressif, étrangement semblable à celui qu'on voulait supplanter.

Les projets thérapeutiques en criminologie n'ont jamais été mis intégralement en application parce qu'ils ignorent des dimensions essentielles du problème. Ils provoquent, de ce fait, un grave malaise chez ceux-là mêmes qui ont pour mission de les mettre en application. Écartelés entre l'intérêt de la société et celui de leurs clients, ils se laissent alors tenter soit par la répression, soit par l'abandon. Les praticiens de la clinique criminologique sont nourris de théories, généreuses certes, mais qui heurtent leur sens commun et qui nient les contraintes sociales qui pèsent sur l'intervention pénale ; elles nient la psychologie des hommes qui devront les mettre en application ; elles nient les exigences de justice de tout le monde.

Mais y a-t-il vraiment une théorie à mettre en application ? On peut en douter. Car l'empirisme qui caractérise la philosophie de la réhabilitation la réduit à un contenant sans contenu. Rien n'y est spécifié. Ni les causes de la délinquance dont on dit qu'elles sont multiples et complexes, ni les priorités, ni les solutions concrètes. On se contente de demander aux cliniciens de recueillir tous les faits concernant le cas puis d'individualiser en conséquence. Mais quels sont les faits importants et quels sont ceux qui ne le sont pas ? Comment savoir ce qui mérite d'être retenu et ce qui peut être ignoré ? Quelle interprétation donner aux faits observés ? Impossible de répondre à ces questions en l'absence d'hypothèses relativement explicites. Le praticien est alors réduit soit à se rabattre sur son sens

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