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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)88

clinique, soit à accumuler des informations disparates avec l'espoir que les faits parleront d'eux-mêmes.

Ainsi, l'empirisme laisse le clinicien sans principe organisateur, sans orientation, sans critère de décision et sans moyen d'action. Dans ces conditions, comment pourra-t-il donner une signification à son travail ? Peut-on lui reprocher de mal faire une tâche dont le sens même lui échappe ?

Aujourd'hui encore, des expressions comme « diagnostic » et « traitement différentiel » dissimulent mal l'ignorance dans laquelle nous nous trouvons. Dès qu'on tente de faire un bilan du savoir utile dont nous disposons, on se rend compte qu'il existe fort peu de connaissances qui peuvent être reconnues comme des guides efficaces de l'intervention (Tremblay, 1981, p. 17). Or, bien souvent, nous nous trouvons devant une ignorance qui s'ignore : on ne possède pas de solution, mais on refuse de se l'avouer.

On comprend alors pourquoi des praticiens désorientés sont acculés à verser insidieusement dans une pratique crypto-punitive : la relation thérapeutico-répressive. Celle-ci, comme les têtes de l'hydre de la légende, réapparaît toujours malgré les efforts pour la supprimer parce que, sans elle, les programmes de traitement ne peuvent survivre. Mais alors, l'intervention thérapeutique n'est plus vraiment différente des interventions pénales traditionnelles. On n'a fait que changer les étiquettes. Il ne faut donc pas se surprendre de l'effet zéro : des mesures semblables produisent des résultats semblables.

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