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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)91

de considérer la morale comme un mécanisme de contrôle social. En effet, pour limiter l'activité criminelle de leurs membres, les sociétés ne se sont pas contentées de mettre le vol et l'agression hors la loi, elles les ont aussi mis hors la morale, les définissant en termes infamants. On peut d'ailleurs supposer que c'est d'abord parce que ces actes étaient jugés immoraux que leur caractère criminel a été reconnu par les lois ; les codes ne faisant que prendre acte des jugements de l'opinion.

L'examen de la morale et de son influence régulatrice sur le crime nous oblige à quitter le terrain sur lequel nous nous trouvions lors de l'étude du traitement. Nous délaisserons momentanément le domaine des mesures qui sont du ressort de l'État pour entrer dans celui, plus vaste, du contrôle social informel, c'est-à-dire de l'influence diffuse que les gens exercent les uns  sur les autres pour susciter la conformité : pression des parents, des amis, des pairs, des voisins.

De la morale moralisatrice à la morale immorale

Les idées qu'on se fait du phénomène moral ont subi, au cours des deux derniers siècles, une véritable mutation. Selon la conception traditionnelle, la morale est un ensemble de règles de conduite considérées comme valables de façon absolue et fondées sur les notions de bien et de mal. Dans cette perspective, les règles morales ont un rôle essentiel à jouer dans la préservation de la solidarité, de la confiance et de la justice parmi les êtres humains. La morale est donc, par définition, bonne et universelle. Et elle ne peut avoir avec le crime que des relations d'opposition. Celui-ci est un acte immoral qui n'est rendu possible que par l'affaiblissement du système de valeurs de son auteur.

Cette vision classique de la morale fut, dans un premier temps, sérieusement battue en brèche par les philosophies relativistes selon lesquelles ce qui est bien dans un groupe peut être mal dans un autre, sans qu'il soit possible de trouver un critère universel permettant de trancher. Les sociologues et les anthropologues eurent un important rôle à jouer dans cette évolution qui aboutit à une notion essentiellement relativiste de la morale. Voici, à titre d'exemple, la

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