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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)93

d'un autre groupe.

Ainsi, à propos des rapports entre morale et délinquance, nous sommes confrontés à deux hypothèses opposées. Selon la première, inspirée par la philosophie classique, la morale ne peut faire autre chose que d'empêcher le crime. Il faut donc transmettre aux gens des valeurs morales. Selon la deuxième qui découle en droite ligne du relativisme culturel moderne, la morale ou, plus précisément, les normes de conduite d'un groupe peuvent prescrire des actes que nous appelons crimes. Le délinquant serait alors tout simplement une personne qui se conforme aux normes de sa sous-culture, lesquelles nient le caractère immoral d'infractions définies par un pouvoir contesté.

L'opposition entre les deux hypothèses ne saurait être minimisée. Elle s'accompagne d'ailleurs de plusieurs prises de position irréductibles concernant l'homme, la société et le crime. Dans la vision morale traditionnelle, l'homme apparaît comme un être qui se soumet parfaitement aux normes du groupe auquel il appartient. Pour ceux que l'on pourrait appeler les moralistes, il existe, au sein des sociétés globales et même dans l'humanité, un noyau de valeurs partagées par tous ; pour les partisans du conflit de culture, les normes de conduite sont relatives et divergentes. Les premiers voient le crime comme une transgression, les seconds pensent qu'il découle de l'obéissance à une norme sous-culturelle. Les uns croient que l'origine du problème doit être cherchée dans l'affaiblissement des convictions morales ; les autres, dans le contenu des normes de certains groupes.

Conflits de cultures

Le présent chapitre sera consacré à l'examen des théories du conflit de cultures. En réalité, il ne s'agit là que d'une des dénominations d'un corpus théorique qu'on pourrait faire remonter à Gabriel Tarde (1890) et aux lois de l'imitation. On a aussi utilisé les expressions : association différentielle (Sutherland, 1939), transmission culturelle (Shaw et Mckay, 1942) et sous-culture (Cloward et Ohlin, 1960 ; Wolfgang et Ferracuti, 1967). L'idée de base : certains groupes transmettent à leurs membres des normes de conduite qui sont en

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