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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)95

Est-ce que les délinquants approuvent ou réprouvent les actes que les lois interdisent ?

Est-ce que les groupes délinquants exercent une influence criminogène sur leurs membres ? Si oui, comment ?

Conflits ou consensus ?

Dans toute société importante, il se trouve des normes de conduite qui se contredisent et, plus spécifiquement, qui sont en conflit avec les prescriptions du Code pénal. C'est là le point de départ nécessaire des théories sous-culturelles de la délinquance. Ainsi, Sellin montre qu'il peut exister au sein d'une nation des normes divergentes à propos d'une même conduite, ce qui est jugé acceptable dans un segment de la population étant désapprouvé ailleurs. Or, explique Sellin, il arrive que ceux qui détiennent le pouvoir dans une société donnée introduisent dans la loi des articles qui vont à l'encontre des convictions morales de certains groupes. De ce point de vue, comme le souligne ironiquement Boyer (1966), le crime peut être défini comme un « acte considéré comme préjudiciable à la société par un groupe d'hommes ayant le pouvoir de donner force de loi à ses considérations » (p. 9). Sellin (1960) donne plusieurs exemples de ce type de conflit : la prohibition aux États-Unis de l'achat, de la vente et de la possession de boissons alcooliques, alors que bon nombre d'Américains ne réprouvaient pas du tout la consommation d'alcool (p. 882) ; l'interdiction, toujours aux États-Unis, des paris (p. 886) ; la conviction, dans certaines minorités, que les atteintes à l'honneur doivent être lavées dans le sang et l'adultère puni de mort ; convictions que ne partagent évidemment pas les législateurs (pp. 828-829) ; l'acceptation de marchandises volées dans certaines familles pauvres (p. 830).

L'analyse qui précède semble d'autant plus incontestable qu'elle s'accorde parfaitement avec les idées modernes. Pour celui qui a été tant soi peu exposé à la vision du monde que véhiculent les sciences sociales, il va de soi que chaque groupe possède ses normes de conduite propres ; il va de soi que les valeurs, morales ne font

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