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Maurice Cusson, Le contrôle social du crime (1983)96

pas l'objet d'un consensus ; il va de soi que rien ne garantit une coïncidence parfaite entre la loi et la morale. Pour celui-là, il paraîtrait incongru de mettre en doute de telles évidences.

Mais est-ce que ces faits sont réellement pertinents à l'étude de la délinquance juvénile et du crime ? Il est clair, par exemple, que les conflits de normes concernant les boissons alcooliques et les paris ne pourront pas tellement nous aider à rendre compte de la délinquance. Il importe ici de distinguer trois choses : premièrement les conflits de normes qui n'ont rien à voir avec la délinquance, deuxièmement ceux qui n'ont qu'une incidence marginale sur celle-ci et troisièmement les conflits de normes qui ont un impact direct sur le phénomène que nous voulons expliquer. Voyons ceci plus en détail.

1. Il est indiscutable que, dans les sociétés contemporaines, les morales sont multiples, divergentes et contradictoires. La politique, l'idéologie, le travail, la famille, la vie sexuelle, la religion, l'éducation, voilà autant de domaines qui sont devenus des champs clos où s'affrontent férocement des conceptions opposées du bien et du mal. Cependant, ces conflits n'ont pas, du très peu, de pertinence directe pour l'étude de la délinquance juvénile : on peut être de gauche ou de droite, croire en Dieu ou être incroyant, réprouver ou approuver la liberté sexuelle sans pour autant être en désaccord sur des règles qui interdisent le vol et la violence. Mais, plus important encore, ces conflits de normes ne sont pas pertinents parce que, généralement, ils ne se traduisent pas par un conflit entre la loi et la morale : dans des pays comme la France, les États-Unis ou le Canada, les lois n'interdisent ni les idées de gauche, ni l'incroyance, ni les relations sexuelles en dehors du mariage.

2. Il existe, par ailleurs, des conflits entre les normes de certains groupes et des dispositions spécifiques de la loi, par exemple, à propos de l'objection de conscience, de la drogue, des jeux et paris. C'est pour de telles activités que la théorie de conflits de cultures s'applique véritablement. Cependant, ceci ne concerne pas les types de délits qui nous préoccupent ici. La plupart de ces actes à propos desquels il y a conflit entre la loi et les normes de conduite sont, selon l'expression consacrée, des crimes sans victime, donc des délits qu'il a été convenu d'exclure de notre champ d'étude.

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