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M. Labelle et D. Salée, “La citoyenneté en question: l’État canadien...” (1999)10

certains groupes minoritaires victimes de discrimination évaluent leur position relative sur l'échiquier du pouvoir social et réclament une meilleure prise en compte de leurs revendications propres. Ainsi, certains dénonceront l'égalitarisme formel du système politico-économique et la tendance à uniformiser le statut des individus, pratiques, affirment-ils, qui ne font que renforcer l'hégémonie sociale des groupes dominants sous des dehors prétendument universalistes ; d'autres clameront que la présentation du Canada comme une nation civique et unitaire équivaut à un déni du caractère multinational de la société canadienne ; d'autres encore exigeront un traitement spécial en compensation d'injustices passées et d'inégalités systémiques actuelles (Cairns, 1988, 1993). Ces positions sont au cœur des discours portés par le mouvement souverainiste québécois, le nationalisme autochtone, les organisations féministes et anti-racistes. Chacun à sa manière se réclame d'ancrages identitaires, politiques ou sociaux qui s'inscrivent en faux contre plusieurs aspects du corpus politique, légal et institutionnel défendu par l'État canadien.

En revanche, certains se plaindront que l'État fait preuve de trop de laxisme à l'égard de ces revendications, que la diversité socio-démographique et le pluralisme idéologique nuisent à la stabilité et à l'unité du pays, ou que les valeurs fondamentales qui ont historiquement présidé à la formation du pays sont menacées et qu'il faut redresser le gouvernail (Francis, 1996 ; Gairdner, 1990 ; Gwyn, 1995).

En fait, le Canada est au centre de controverses animées sur l'ordonnancement de l'espace public, sur la place que les diverses catégories d'individus et de groupes peuvent y prendre et sur le rôle qu'ils peuvent y jouer, ou encore sur l'identité et les valeurs qui devraient animer et unir la communauté politique. À travers ces controverses, ce sont les fondements mêmes de la citoyenneté qui sont en cause. Dans la mesure où les anciennes certitudes prêtent au doute, des interrogations que l'on croyait résolues depuis longtemps refont désormais surface dans le débat public : Qui peut se considérer d'emblée et à bon droit partie prenante de la Cité ? À quel traitement le citoyen peut-il raisonnablement s'attendre de la part de ceux et celles avec qui il partage l'espace public ? Quels droits la citoyenneté

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