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M. Labelle et D. Salée, “La citoyenneté en question: l’État canadien...” (1999)17

pratiquement inégalable et le sérieux de son engagement, indéniable (Kymlicka, 1998).

Le problème ne se situe pas au niveau de l'intention, mais bien dans le fait que, derrière les objectifs louables, se cachent des difficultés conceptuelles que l'État évacue et qui ne sont jamais résolues. Par exemple, le caractère multinational du Canada n'est jamais abordé, ni sur le plan de la reconnaissance symbolique, ni en termes de gestion (politique, structurelle) de la diversité : les effets que provoque l'action concurrente (Québec vs Ottawa) des modèles d'intégration ou des stratégies de mobilisation politique sur les populations immigrées sont gommés (Bariteau, 1998 ; Gagnon, 1998 ; Labelle, Rocher et Rocher, 1995 ; Labelle et Lévy, 1995 ; McRoberts, 1997 ; Rocher, 1998 ; Seymour, 1999).

Mais il y a plus. Audrey Kobayashi (1993, p. 221) a noté qu'en dépit de la reconnaissance quasi universelle par les organismes gouvernementaux de l'existence au Canada du racisme et de la discrimination, en dépit de la volonté maintes fois réitérée par l'État d'en combattre les manifestations, la mise en place de politiques et de mesures antiracistes efficaces reste entravée par l'absence d'une vision étatique claire de la catégorie de race dont on affirme maintes fois l'existence dans les textes, par exemple dans la définition des « minorités visibles ». Dans tous les documents étatiques sur les minorités visibles par exemple, la notion de race apparaît comme un donné naturel, plutôt que comme un construit social et politique. Ce faisant, l'État ne fait que perpétuer, par les voies administratives, la division des êtres humains selon des critères essentialistes, en dépit d'objectifs louables d'antiracisme. Cette approche occulte le fait que la racisation des individus résulte de processus sociaux déterminés qui construisent la notion de « race » par le biais de l'idéologie raciste elle-même (Labelle et Salée, 1998).

Ce choix conceptuel de l'État n'est pas sans conséquence du point de vue de la redéfinition de la citoyenneté canadienne. Puisque la différence du minoritaire ne semble pas socialement déterminée, mais posée comme un phénomène naturel contre lequel personne ne peut rien, l'État se dispense de l'obligation de lever les obstacles et les rapports sociaux qui désavantagent les minorités racisées,

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